Violences sexuelles au hockey : « encore trop difficile de dénoncer »
Des experts croient qu'on n’a pas réussi à briser la culture du silence dans le hockey..
Le hockey, comme d’autres sports collectifs, est marqué par une culture du silence autour des violences sexuelles. Cette expression désigne un environnement où les victimes hésitent à parler par peur des représailles, de l’isolement ou de la perte de leur place dans l’équipe. Selon la criminologue Kim Dubé, cette culture persiste car certains responsables du sport ferment les yeux sur les comportements problématiques. Par exemple, des rituels d’initiation violents, comme celui récent en Nouvelle-Écosse, sont encore tolérés malgré leur gravité. Ces rituels, souvent présentés comme des traditions pour souder l’équipe, peuvent inclure des agressions sexuelles, comme dans le cas de deux jeunes joueurs de 15 ans accusés d’avoir agressé un coéquipier de 13 ans lors d’une fête en octobre 2025. Les victimes, surtout les jeunes, craignent de dénoncer par crainte de perdre leur place dans l’équipe ou de subir des pressions sociales.
En octobre 2025, une fête censée renforcer l’esprit d’équipe entre des jeunes hockeyeurs de Nouvelle-Écosse a dégénéré en agression sexuelle. Un joueur de 13 ans a été victime d’une agression par deux coéquipiers de 15 ans. Selon le procureur de la Couronne, Patrick Young, la victime a supplié ses agresseurs d’arrêter avant de pleurer. Les deux jeunes accusés ont des réactions différentes : l’un a plaidé coupable d’agression sexuelle armée, tandis que l’autre a plaidé non coupable et attend son procès en février 2027. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a indiqué qu’il pourrait y avoir d’autres victimes, mais aucune autre dénonciation n’a été enregistrée à ce jour. Ce cas illustre la gravité des violences sexuelles dans le hockey, un sport où les rituels d’initiation violents persistent malgré leur interdiction.
Le système judiciaire canadien est souvent critiqué pour son traitement des victimes de violences sexuelles, notamment dans les affaires impliquant des mineurs. Dans un cas médiatisé en Ontario en 2025, cinq joueurs de hockey junior accusés de viol collectif ont été acquittés après un procès très médiatisé. La juge a estimé que le témoignage de la plaignante n’était ni crédible ni fiable, un verdict qui a duré neuf jours de procès. Selon Kim Dubé, ce type de contre-interrogatoire prolongé peut décourager d’autres victimes de porter plainte, car elles craignent de revivre leur traumatisme et d’être remises en question. Pour limiter ces effets, le procureur Patrick Young propose des mesures comme l’utilisation de témoignages enregistrés ou d’écrans protecteurs pour les mineurs lors des procès.
Hockey Canada, l’organisme national gérant le hockey sur glace, est au cœur de plusieurs controverses liées aux violences sexuelles. En 2018, cinq joueurs de l’équipe junior nationale ont été accusés de viol collectif, un scandale qui a entraîné la suspension du financement public de Hockey Canada en 2022. Pour regagner la confiance, l’organisme a mis en place un processus indépendant pour traiter les plaintes, mais ces enquêtes restent confidentielles et leurs résultats ne sont pas rendus publics. Kim Dubé critique ces mesures, les qualifiant de « de surface » et estime qu’elles ne remettent pas en cause la masculinité toxique (stéréotypes de genre nuisibles comme la domination ou l’agressivité masculine) ni la culture organisationnelle du hockey. Hockey Canada affirme prendre les allégations au sérieux, mais refuse de commenter les cas spécifiques pour préserver la confidentialité.
Face à l’ampleur des violences sexuelles dans le hockey, des initiatives locales tentent d’agir. En Nouvelle-Écosse, un projet pilote a été lancé pour former plus de 2 000 joueurs de moins de 15 ans à repérer et prévenir les situations problématiques, comme les rituels d’initiation violents. Ces formations visent à briser la culture du silence en encourageant les jeunes à parler et à reconnaître les comportements inacceptables. Cependant, Kim Dubé souligne que ces mesures restent insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’un changement profond des mentalités au sein des organisations. Le procureur Patrick Young encourage les victimes à dénoncer, tout en reconnaissant que cela demande un courage immense, surtout quand les agresseurs sont des coéquipiers ou des figures respectées dans le milieu sportif.

