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Généraliste

Le rationnement de sucre pendant la guerre a réduit le risque de cancer à l’âge adulte

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 9 j

Diminuer la consommation de sucre avant l’âge de deux ans réduirait le risque d'avoir cinq types de cancer..

Contexte historique

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni a imposé un rationnement alimentaire strict à partir du 8 janvier 1940 pour faire face aux attaques allemandes sur les navires transportant des denrées. Le sucre était limité à 40 grammes par jour, une quantité comparable à celle d'une canette standard de boisson gazeuse de 355 ml. Ce rationnement a duré jusqu'en 1953. Après la guerre, la consommation de sucre a doublé dans la population britannique. Ce contexte historique a permis aux chercheurs d'étudier les effets à long terme d'une réduction drastique de la consommation de sucre sur la santé des générations ayant grandi pendant cette période.

Expérience naturelle

Les chercheurs ont exploité cette situation comme une expérience naturelle pour analyser les effets d'une exposition précoce à un faible apport en sucre. Ils ont étudié les données de santé de 64 761 personnes nées au Royaume-Uni entre 1951 et 1956, issues de l'étude UK Biobank. En comparant la santé à l'âge adulte des individus ayant vécu leurs 1000 premiers jours (de la grossesse jusqu'à l'âge de deux ans) sous le régime du rationnement avec ceux nés après ces restrictions, ils ont pu évaluer l'impact d'une réduction du sucre sur le développement de maladies chroniques.

Résultats sur le cancer

Les résultats montrent que les Britanniques ayant connu le rationnement de sucre pendant leurs 1000 premiers jours présentaient un risque significativement réduit de développer cinq types de cancer à l'âge adulte. Les réductions étaient de 69 % pour le cancer du foie, 52 % pour le cancer de la prostate, 41 % pour le cancer du poumon, 40 % pour le cancer du rectum et 36 % pour le cancer du sein. Ces données suggèrent un lien entre une consommation réduite de sucre en début de vie et une protection contre certains cancers à long terme.

Vieillissement biologique

Les chercheurs ont également analysé les télomères, qui sont des structures situées aux extrémités des chromosomes et qui protègent le matériel génétique. Avec l'âge, ces télomères raccourcissent naturellement, un processus associé au vieillissement cellulaire. Les Britanniques ayant vécu le rationnement pendant l'enfance présentaient des télomères plus longs, indiquant un vieillissement biologique ralenti d'environ 2,2 ans. Ce résultat suggère que la restriction de sucre en début de vie pourrait ralentir le processus de vieillissement au niveau cellulaire.

Autres maladies chroniques

D'autres études basées sur le même contexte historique ont révélé des effets positifs d'une réduction précoce de la consommation de sucre sur d'autres maladies. Une étude de 2024 a montré une diminution de 35 % du risque de diabète de type 2 et de près de 20 % du risque d'hypertension chez les adultes ayant eu un faible apport en sucre pendant leurs 1000 premiers jours. Une étude de 2026 a également mis en évidence une réduction de 27 % du risque de démence, de 46 % pour la maladie d'Alzheimer, de 11 % pour la dépression et de 20 % pour l'anxiété. Ces résultats soulignent l'impact global d'une alimentation pauvre en sucre sur la santé à long terme.

Recommandations de l'OMS

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de limiter la consommation de sucres libres à moins de 10 % de l'apport énergétique total, idéalement sous les 5 %. Pour un adulte moyen, cela représente environ 50 grammes de sucre par jour. Les sucres libres incluent les sucres ajoutés aux aliments et boissons, ainsi que les sucres naturellement présents dans les jus de fruits. Pour les bébés et les femmes enceintes, l'OMS conseille d'éviter au maximum les sucres ajoutés pendant les 1000 premiers jours. Au Canada, la consommation moyenne est de 110 grammes de sucre par jour, bien au-delà des recommandations.

Ce que ça pourrait changer

Claire Boone, professeure adjointe à l'Université McGill, ne propose pas de revenir à des rationnements aussi stricts que pendant la guerre, mais suggère des interventions comme la taxation des boissons sucrées. Elle souligne que les politiques publiques peuvent influencer les comportements alimentaires et réduire la consommation de sucre. Santé Canada recommande une alimentation sans ou avec peu de sucres ajoutés pour les enfants de moins de deux ans, mais il n'existe actuellement aucune réglementation limitant la quantité de sucre dans les aliments pour nourrissons, contrairement aux règles strictes appliquées pour le sel ou les additifs alimentaires.

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