En 1988, des scientifiques américains ont relâché des altises pour lutter contre une mauvaise herbe tenace - leurs descendants ont restauré les pâturages
En relâchant des altises européennes en 1988, des chercheurs américains ont lancé l'un des programmes de lutte biologique les plus efficaces contre l'euphorbe ésule sur les pâturages..
En 1988, aux États-Unis, une plante invasive appelée Klamath weed (ou Hypericum perforatum) posait un grave problème aux éleveurs. Cette mauvaise herbe, originaire d’Europe, s’était répandue dans les pâturages de l’État de l’Oregon, où elle empoisonnait le bétail. En effet, elle contient une substance toxique, l’hypericine, qui provoque des réactions cutanées graves chez les animaux qui la broutent. À l’époque, les méthodes de lutte classiques, comme l’arrachage manuel ou l’utilisation d’herbicides, s’étaient révélées inefficaces ou trop coûteuses pour être appliquées à grande échelle. Les scientifiques cherchaient donc une solution plus durable et écologique.
Pour lutter contre cette plante, des chercheurs américains ont eu l’idée d’introduire un insecte naturel prédateur de la Klamath weed : l’altise (Chrysolina quadrigemina). Ces petits coléoptères, originaires d’Europe, se nourrissent spécifiquement des feuilles de cette mauvaise herbe. En 1988, environ 1 500 altises ont été relâchées dans les pâturages de l’Oregon. L’objectif était que ces insectes se reproduisent et réduisent naturellement la population de la plante invasive, sans recourir à des produits chimiques. Cette méthode, appelée lutte biologique, consiste à utiliser des organismes vivants pour contrôler des espèces nuisibles.
Trente ans après leur introduction, les descendants des altises relâchées en 1988 ont permis de restaurer les pâturages de l’Oregon. Les scientifiques ont observé une réduction de 99 % de la population de Klamath weed dans les zones traitées. Les pâturages, autrefois infestés, sont redevenus verdoyants et sûrs pour le bétail. Cette réussite illustre l’efficacité de la lutte biologique, une approche qui évite les pollutions liées aux herbicides et préserve les écosystèmes. Les chercheurs estiment que cette méthode a permis d’économiser des millions de dollars en coûts de gestion des mauvaises herbes.
Contrairement aux méthodes chimiques, qui peuvent tuer d’autres espèces ou polluer les sols, la lutte biologique repose sur un équilibre naturel. Les altises, une fois introduites, se sont adaptées à leur nouvel environnement sans devenir à leur tour invasives. Leur population s’est stabilisée une fois la *Klamath weed* réduite à un niveau acceptable. Cette approche montre qu’il est possible de résoudre des problèmes écologiques en s’appuyant sur les mécanismes naturels, plutôt qu’en imposant des solutions artificielles. Elle est aujourd’hui étudiée et utilisée dans d’autres régions du monde pour lutter contre des plantes ou insectes nuisibles.

