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Pourquoi l’Iran ne parviendra pas à instaurer un péage dans le détroit d’Ormuz

The Conversation France · mis à jour 6 juil.

Téhéran envisage d’instaurer un péage dans le détroit d’Ormuz pour y asseoir son contrôle stratégique, mais son ambition se heurte à un écueil juridique et pratique : le droit international garantit le libre passage dans ces eaux, et cette voie large de près de 40 kilomètres n’a rien d’un canal de Suez étroit et verrouillé. Au Moyen-Orient, la tension est récemment remontée d’un cran.

Contexte géopolitique

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est une voie maritime stratégique par laquelle transitent quotidiennement environ 130 navires, principalement des pétroliers. Depuis le début des tensions entre l’Iran et les États-Unis, Téhéran a multiplié les actions pour perturber ce trafic : attaques de drones et de roquettes contre des navires marchands, pose de mines marines et menaces d’imposer un péage. Ces actions ont provoqué une baisse drastique du trafic maritime commercial dans la région, avec des conséquences économiques majeures pour le commerce mondial. Un accord provisoire de 60 jours a été signé entre les États-Unis et l’Iran pour rétablir la sécurité du passage, mais les déclarations iraniennes sur un contrôle permanent du détroit ont ravivé les inquiétudes.

Droit international en jeu

Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), le détroit d’Ormuz est considéré comme un détroit international, où tous les navires bénéficient d’un droit de passage en transit ininterrompu. Ce droit interdit aux États côtiers, comme l’Iran ou Oman, de suspendre ou de restreindre ce passage, même en temps de conflit. Le système de séparation du trafic (SSS), géré par l’Organisation maritime internationale (OMI), organise la circulation dans le détroit pour éviter les collisions. Instaurer un péage violerait donc le droit international, car il s’agirait de faire payer un droit de transit déjà garanti. Oman et d’autres pays de la région ont déjà averti que cette mesure créerait un dangereux précédent.

Différence avec les canaux

Les canaux comme celui de Suez ou de Panama sont des voies navigables étroites (environ 200 mètres de large pour Suez) situées sur le territoire d’un seul État. Leur contrôle est facilité par des systèmes de convois et des droits de passage obligatoires. À l’inverse, le détroit d’Ormuz mesure jusqu’à 39 kilomètres de large et s’étend sur les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman. Sa largeur rend impossible l’interception systématique des navires récalcitrants. De plus, le principal système de séparation du trafic se trouve dans les eaux omanaises, ce qui complique encore un éventuel contrôle iranien. Imposer un péage dans ces conditions serait donc à la fois illégal et techniquement irréalisable.

Risques et conséquences

Si l’Iran tentait d’imposer un péage par la force, cela nécessiterait d’attaquer ou de bloquer des navires refusant de payer, une stratégie déjà observée pendant le conflit. Cependant, cette approche est risquée : elle pourrait déclencher des sanctions internationales, une pression diplomatique accrue et des critiques même de la part d’alliés comme la Chine. Les compagnies maritimes et les États refuseraient probablement de se soumettre à une telle mesure, car elle remettrait en cause la liberté de navigation dans les détroits internationaux. L’Iran utilise actuellement la perturbation du trafic comme levier de pression, mais un contrôle permanent et légal semble hors de portée, tant sur le plan juridique que pratique.

Ce que ça pourrait changer

L’Iran pourrait continuer à perturber le trafic maritime pour influencer les négociations, mais un péage permanent et légal dans le détroit d’Ormuz reste improbable. Les autres États de la région, comme Oman, s’y opposeraient fermement, et le droit international ne permettrait pas une telle mesure. Même si l’Iran parvenait à bloquer temporairement le détroit, il ne pourrait pas le faire indéfiniment sans subir des conséquences majeures. La communauté internationale privilégierait probablement des solutions diplomatiques pour rétablir la sécurité et la liberté de passage, plutôt qu’une escalade militaire ou économique.

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