« La vraie valeur, c’est la donnée » : Withings défend sa décision de faire payer la synchronisation avec Apple et Strava
Après la polémique qui a éclaté le 13 octobre, Withings prend la parole pour la première fois auprès de Numerama. La marque explique pourquoi elle réserve désormais la synchronisation des données vers Apple Santé, Health Connect et Strava aux abonnés Withings+, son abonnement à 10 euros par mois.
Withings, une entreprise française spécialisée dans les objets connectés de santé comme les balances ou montres intelligentes, a annoncé une nouvelle politique de synchronisation des données. Désormais, les nouveaux acheteurs de ses produits ne pourront plus synchroniser automatiquement leurs mesures de santé (comme le poids, la fréquence cardiaque ou le sommeil) avec des applications tierces comme Apple Santé ou Strava sans souscrire à un abonnement payant nommé Withings+, facturé 9,99 € par mois. Cette décision, effective dès le 13 octobre 2024, marque un changement radical par rapport à la pratique précédente où ces synchronisations étaient gratuites et illimitées. L'entreprise justifie cette mesure en invoquant la nécessité de survivre dans un marché en mutation, où la valeur des données de santé devient bien plus importante que celle des appareils eux-mêmes.
Withings explique que la valeur de ses produits a évolué : autrefois, c'étaient les appareils (hardware) qui représentaient l'essentiel de la valeur, notamment grâce à des études cliniques rigoureuses. Aujourd'hui, la donnée de santé collectée par ces appareils est devenue bien plus précieuse, notamment avec l'essor de l'intelligence artificielle (IA). Par exemple, des applications comme ChatGPT Health ou Bevel exploitent gratuitement les données de santé des utilisateurs pour entraîner leurs modèles d'IA, sans que les entreprises comme Withings ne puissent en tirer profit. L'entreprise souligne que ses propres recherches et développements en R&D (recherche et développement) prennent trois ans, alors que ces applications tirent parti de ces données sans effort ni coût. Avecings propose désormais son propre assistant d'IA intégré à son application, mais uniquement pour les abonnés Withings+.
Withings met en avant un argument de souveraineté européenne pour justifier sa nouvelle politique. L'entreprise souligne que ses utilisateurs envoient leurs données de santé à des entreprises américaines (comme Apple ou Google) alors que Withings se présente comme un acteur européen majeur dans le domaine de la santé connectée. L'entreprise espère ainsi attirer une clientèle soucieuse de la protection de ses données et de leur localisation géographique. Cependant, cette argumentation présente une certaine contradiction : pour synchroniser leurs données avec des applications américaines comme ChatGPT ou Claude, les utilisateurs devront souscrire à l'abonnement Withings+, qui coûte 9,99 € par mois. Les anciens clients de Withings ne sont pas concernés par ce changement et conservent l'accès gratuit aux synchronisations avec les applications tierces.
Withings présente cette nouvelle politique comme une question de survie pour l'entreprise. Vincent Brand, chef de produit digital chez Withings, qualifie cette décision de « la plus dure » de son histoire, mais nécessaire pour assurer la pérennité de l'entreprise à long terme. L'entreprise reconnaît que cette stratégie comporte des risques, notamment celui de perdre une partie de sa clientèle face à la concurrence d'objets connectés moins chers, comme des balances chinoises vendues moins de 30 €. Withings envisage même de baisser le prix de ses produits pour rester compétitif. L'objectif est de transformer ses appareils en de simples « médiums » pour générer des données, tandis que l'application Withings+ deviendrait le produit principal, une « super app » de santé en Europe. L'entreprise assume pleinement ce pari, tout en reconnaissant que d'autres acteurs du secteur pourraient suivre cette voie.
La décision de Withings a suscité une vive polémique, notamment sur les réseaux sociaux, où de nombreux utilisateurs ont exprimé leur colère face à cette restriction. Certains développeurs pourraient même contourner cette limitation en utilisant des outils comme le *reverse engineering* (analyse du fonctionnement d'un logiciel pour en reproduire les fonctionnalités) ou des modèles de langage avancés (*LLM*) pour créer des alternatives open source. Avecings reconnaît avoir reçu des messages de colère, mais affirme aussi recevoir des témoignages de gratitude, notamment de la part d'utilisateurs dont la vie a été améliorée par ses produits. L'entreprise reste ferme sur sa position, tout en reconnaissant que cette décision pourrait aliéner une partie de sa clientèle. Cette stratégie rappelle celle d'autres entreprises comme *Whoop* ou *Sony*, qui ont également fait face à des critiques pour des restrictions similaires.

