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Économie

Les crédits carbone « made in France », moins verts qu&#039

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 16 j

Avec le label bas carbone, les pouvoirs publics avaient voulu assainir le marché de la compensation carbone. Mais faute de régulation, cet instrument innovant est peu utilisé.

Label bas carbone

Le label bas carbone (LBC) est un dispositif créé en 2018 par le ministère de l’Écologie français. Il certifie des projets réalisés en France qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre ou à séquestrer du carbone, c’est-à-dire à stocker du CO₂ dans des arbres ou des sols. Ces projets doivent être additionnels, ce qui signifie qu’ils doivent aller au-delà de ce qui aurait été fait sans cette certification. Les émissions évitées ou compensées sont mesurées selon une méthodologie validée par des experts et des pouvoirs publics. Une fois certifiées, ces réductions d’émissions sont transformées en crédits carbone qui peuvent être achetés par des entreprises ou des particuliers pour compenser leurs propres émissions. Depuis 2021, les compagnies aériennes françaises peuvent aussi utiliser ces crédits pour respecter leurs obligations légales sur les lignes intérieures. Entre 2018 et 2026, près de 2 000 projets ont été labellisés, représentant plus de 7 millions de tonnes de CO₂ évitées ou séquestrées.

Crédits carbone français

Les crédits carbone issus du label bas carbone sont vendus à un prix moyen de 40 euros la tonne de CO₂ évitée, contre seulement 3 à 4 euros sur le marché international, où les projets sont souvent réalisés dans des pays du Sud. Cette différence de prix s’explique par le fait que les projets français sont plus coûteux à mettre en œuvre, notamment en raison des normes environnementales strictes et des coûts de main-d’œuvre élevés. Pourtant, malgré cette garantie de qualité, les trois quarts des crédits labellisés en France ne trouvent pas d’acheteur. Les entreprises préfèrent souvent acheter des crédits moins chers à l’étranger, même si leur fiabilité est parfois remise en cause. Les principaux acheteurs de crédits français sont les transporteurs aériens, qui les utilisent pour compenser une partie de leurs émissions.

Rôle des mandataires

Les mandataires sont des intermédiaires qui mettent en relation les porteurs de projets (comme des coopératives forestières ou des associations) et les acheteurs de crédits carbone. En France, 104 mandataires sont enregistrés, mais 55 d’entre eux n’ont jamais vendu de crédits, selon les données du ministère de l’Écologie. Parmi les mandataires actifs, on trouve des coopératives sylvicoles comme Alliance forêts bois ou la Société forestière, ainsi que des associations comme C+FOR-Forêt&carbone, liée au Centre national de la propriété forestière (CNPF). Certaines start-up, comme Carbonapp, parviennent aussi à se positionner sur ce marché. Leur rôle est crucial, car ils influencent directement la crédibilité et la transparence du label bas carbone.

Problèmes de crédibilité

Malgré les ambitions du label bas carbone, des doutes persistent sur sa crédibilité. En octobre 2025, une étude publiée dans la revue Science a montré que 81 % des crédits carbone internationaux sont surestimés, c’est-à-dire que les réductions d’émissions promises sont supérieures à la réalité. En France, un rapport de l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) publié en 2024 a révélé que les méthodes de calcul pour les projets forestiers surestimaient aussi leur impact positif. En réponse, le ministère a révisé ces méthodes en février 2025 pour les rendre plus rigoureuses. Cependant, cette révision a été contestée par les principaux mandataires, comme Alliance forêts bois ou la Société forestière, qui craignaient une baisse des revenus générés par leurs projets.

Conflits d'intérêts

Un conflit d’intérêts menace la crédibilité du label bas carbone. En effet, certains mandataires, comme les coopératives forestières, représentent à la fois les intérêts des porteurs de projets (qui veulent maximiser leurs revenus) et ceux des acheteurs de crédits (qui cherchent à compenser leurs émissions à moindre coût). Sylvain Angerand, directeur de l’ONG Canopée, dénonce cette situation : selon lui, le label devrait être piloté uniquement par l’État et un conseil scientifique indépendant, et non par les mandataires. Cette confusion des rôles a conduit à une baisse des exigences méthodologiques, permettant ainsi de générer plus de crédits à moindre coût, mais au détriment de leur fiabilité.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’échec relatif du label bas carbone, des solutions sont proposées pour renforcer sa crédibilité et son attractivité. L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) suggère d’obliger certains secteurs, comme le transport aérien, à acheter des crédits labellisés français plutôt que des crédits internationaux moins chers mais moins fiables. Cependant, cette mesure n’a pas encore été mise en place. En attendant, le label reste en difficulté : il est tiraillé entre les exigences scientifiques et les pressions économiques des mandataires, ce qui conduit à une concurrence déloyale avec les standards internationaux de piètre qualité. Certains observateurs comparent cette situation au *commerce des indulgences*, une pratique historique où l’Église vendait des pardons pour réduire les peines dans l’au-delà.

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