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Compagnons IA : l’aboutissement du capitalisme de la solitude ?

Next.ink · mis à jour il y a 3 j

Après la captation et la monétisation de l’attention, un rapport de la Fondation Jean Jaurès pointent les risques que les sociétés d’IA créent en matière de monétisation de la solitude. « Augmenter l’isolement, c’est augmenter la consommation numérique.

Capitalisme de la solitude

Le capitalisme de la solitude est un concept développé par l’essayiste Paul Klotz dans un rapport de la Fondation Jean Jaurès. Il désigne un système économique où les entreprises, notamment celles du numérique, profitent de l’isolement croissant des individus pour augmenter leurs revenus. Selon cette thèse, les réseaux sociaux et les compagnons IA (comme les assistants conversationnels personnalisés) renforcent délibérément l’isolement afin de pousser à une consommation accrue de leurs services. L’objectif est de transformer la solitude, autrefois perçue comme un problème social, en une opportunité commerciale. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il atteint un nouveau stade avec l’intégration de l’intelligence artificielle dans la vie quotidienne.

Isolement en France

En France, la solitude, qu’elle soit objective (absence de liens sociaux mesurables) ou subjective (sentiment de solitude), s’aggrave depuis des décennies. En 2010, 9 % des Français déclaraient une solitude objective, un chiffre passé à 11 % en 2025. Pour la solitude subjective, 24 % de la population en souffrait en 2018, contre 31 % en 2024. Ces données, issues de sondages comme ceux de l’Ifop ou de la Fondation de France, montrent une tendance de fond. La solitude n’est pas un phénomène récent, mais elle s’accélère avec l’essor des technologies numériques, qui transforment les interactions sociales et parfois les remplacent par des échanges virtuels.

Rôle des compagnons IA

Les compagnons IA sont des assistants conversationnels personnalisés, capables de simuler des échanges humains grâce à l’intelligence artificielle. Selon le rapport, ces outils représentent l’aboutissement d’une logique où les entreprises technologiques exploitent la solitude pour générer des profits. En offrant une illusion de lien social, ces compagnons pourraient aggraver l’isolement en réduisant les interactions humaines réelles. Le rapport de la Fondation Jean Jaurès les présente comme une étape supplémentaire dans la marchandisation des relations, après les réseaux sociaux. Leur développement s’inscrit dans une stratégie où l’augmentation de la solitude devient un levier économique.

Propositions de la Fondation

Pour lutter contre le capitalisme de la solitude, la Fondation Jean Jaurès formule plusieurs recommandations. Elle propose de limiter les fonctionnalités addictives des réseaux sociaux et des chatbots génératifs, en s’appuyant sur le Règlement sur les services numériques (DSA) et en le renforçant. Elle suggère aussi d’imposer aux développeurs de prouver l’absence de nocivité de leurs services sur la santé mentale avant leur mise sur le marché, à l’image des tests pour les médicaments. Enfin, elle recommande d’étendre l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs à celle des compagnons IA, par principe de précaution. Ces mesures visent à réguler un secteur où l’innovation précède souvent l’évaluation des risques.

Ce que ça pourrait changer

Le rapport souligne que la solitude ne peut être attribuée uniquement aux outils technologiques. Il appelle donc l’État à agir pour renforcer les liens sociaux. Parmi les propositions, on trouve la création d’un *service public du bénévolat et de l’engagement associatif*, ainsi que l’élévation du *capital émotionnel, relationnel et cognitif* des individus au rang des intérêts fondamentaux de la nation. Ces mesures visent à rééquilibrer une société où les interactions humaines sont de plus en plus médiatisées par des écrans. L’objectif est de redonner une place centrale aux relations authentiques, tout en limitant les effets négatifs des technologies.

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