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Environnement

Les forêts brûlent, et nous regardons les Canadairs

Bon Pote · mis à jour il y a 24 j

Près de 25 000 hectares brûlés, des morts et blessés graves chez les humains, des milliards de non humains tués ou déplacés, des habitations et cultures dévastées, des pompiers aux corps déjà usés… Nous ne sommes que début juillet et le bilan des incendies de l’été 2026 en France est déjà particulièrement inquiétant. En cause : les […].

Bilan alarmant 2026

Dès début juillet 2026, la France enregistre un record de 25 000 hectares de forêts brûlés, un chiffre habituellement atteint en fin d’été. Ce bilan inclut des pertes humaines avec des morts et blessés graves parmi les pompiers, ainsi que des dégâts matériels majeurs : habitations détruites, cultures ravagées et destruction massive de la faune et de la flore. Les causes directes sont les canicules précoces de mai et juin, qui ont provoqué une sécheresse intense et un dessèchement des végétaux. Par exemple, en 2025, seulement 5 000 hectares avaient brûlé à la même période, et l’été 2022, considéré comme exceptionnel, avait totalisé 60 000 hectares brûlés sur toute la saison. Ces incendies touchent désormais des départements habituellement épargnés comme le Maine-et-Loire ou le Cher.

Changement climatique

Les incendies de 2026 sont la conséquence directe du changement climatique, comme le confirment les projections scientifiques. Julien Ruffault, chercheur à l’Inrae, souligne quatre tendances majeures : un allongement de la saison des feux (début plus précoce et fin plus tardive), une extension des zones à risque (remontée vers le nord et l’ouest), une augmentation des événements extrêmes et une fréquence accrue des feux dans les zones historiquement touchées. Ces phénomènes sont liés à l’augmentation des températures et à la multiplication des épisodes de sécheresse, comme le montrent les rapports du Haut Conseil pour le Climat. Sans réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre, ces incendies deviendront encore plus intenses et fréquents.

Échec des Canadairs

En 2022, Emmanuel Macron avait promis de porter le nombre de Canadairs de 12 à 16 d’ici 2027. Cependant, les retards de fabrication, les réductions budgétaires et les annulations de commandes (notamment deux appareils en moins en raison d’une baisse de 52,8 millions d’euros du budget sécurité incendie) ont repoussé leur livraison à 2033. Le coût de ces retards est élevé : le prix des Canadairs a augmenté, et les dépenses de location d’aéronefs sont passées de 7 millions d’euros en 2024 à 30 millions en 2025. Pourtant, ces avions ne suffisent pas à eux seuls à lutter contre les incendies, comme le démontre l’exemple de la Californie en 2018, où même les moyens les plus avancés n’ont pas pu empêcher une catastrophe majeure.

Désengagement de l'ONF

L’Office national des forêts (ONF) joue un rôle central dans la prévention et la lutte contre les incendies, notamment via la Défense des forêts contre les incendies (DFCI). Cette mission, initialement limitée à 15 départements, couvre désormais 86 départements et inclut des tâches de prévention (débroussaillement, entretien des pistes), d’appui aux pompiers et de gestion post-incendie. Cependant, les effectifs de l’ONF ont chuté de 16 000 en 1986 à 7 611 en 2026, avec seulement 500 apprentis supplémentaires en 2025. La Cour des Comptes a pointé en 2025 un affaiblissement des capacités opérationnelles de l’établissement, notamment en matière de travaux sylvicoles et de surveillance, en raison de cette baisse structurelle des ressources humaines.

Solutions insuffisantes

Les experts, comme Julien Ruffault de l’Inrae, insistent sur le fait que les solutions technologiques comme les Canadairs ou les pompiers ne suffisent pas à résoudre le problème des incendies. Les dépenses de lutte contre les feux (pompiers, Canadairs) ont augmenté parallèlement aux surfaces brûlées, car les grands incendies sont à la fois plus coûteux à combattre et plus dévastateurs. Les études montrent qu’il est plus efficace d’investir dans la prévention et l’adaptation des paysages (entretien des forêts, réduction des émissions de CO2) que dans la lutte directe. Pourtant, les coupes budgétaires ont aussi touché ces mesures préventives, aggravant la vulnérabilité des forêts françaises face aux incendies.

Ce que ça pourrait changer

Le gouvernement français est critiqué pour sa gestion des incendies, jugée insuffisante et réactive plutôt que proactive. Les réductions budgétaires décidées par le Premier ministre Gabriel Attal en 2025 ont directement impacté la capacité de réponse, notamment en annulant des commandes de Canadairs et en limitant les moyens alloués à l’ONF. Les experts et observateurs, comme la sénatrice Françoise Dumont ou l’autrice Corinne Morel Darleux, dénoncent un manque de vision à long terme et une approche trop centrée sur les solutions techniques immédiates. Les retards et les revirements politiques ont affaibli la résilience des forêts et la capacité de la France à faire face aux incendies, pourtant prévisibles dans un contexte de réchauffement climatique.

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