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Environnement

Superpouvoirs des arbres, retour des animaux : comment les forêts renaissent de leurs cendres après un incendie

Vert.eco · mis à jour il y a 14 j

Une forêt calcinée n'est pas forcément une forêt condamnée. Entre régénération naturelle, interventions des forestier·es et retour progressif de la faune, Vert vous explique comment les écosystèmes se reconstruisent peu à peu après un feu..

Record des incendies en France

En 2025, la France a connu un record d'incendies de forêt avec plus de 42 000 hectares brûlés entre le 1er janvier et la mi-juillet, selon les données du système européen d'information sur les feux de forêt (Effis). Ce chiffre dépasse de loin les moyennes des vingt dernières années. Un exemple marquant est l'incendie de Fontjoncouse dans l'Aude, qui a ravagé 11 000 hectares en juillet 2025. Ces feux transforment des paysages verdoyants en étendues calcinées, mettant en péril la faune et la flore locales. La régénération de ces écosystèmes prendra des décennies, notamment pour les arbres ayant 60 ans ou plus, comme l'explique Bernard Prevosto, chercheur à l'Inrae (Institut national de la recherche agronomique).

Mécanismes naturels de régénération

Certaines espèces d'arbres possèdent des mécanismes de survie remarquables après un incendie. Le pin d'Alep, un résineux méditerranéen, produit des cônes qui restent fermés jusqu'à une forte chaleur. Sous l'effet des flammes, ces cônes s'ouvrent et libèrent des graines, permettant une nouvelle génération de pins. Les arbres feuillus, comme le chêne vert ou le chêne pubescent, possèdent des écorces épaisses qui protègent leurs racines. Après un incendie, de nouvelles pousses, appelées rejets, émergent de ces racines intactes. La régénération commence aussi depuis les marges de la zone brûlée, où les arbres épargnés disséminent leurs graines via le vent ou les oiseaux. Selon Bernard Prevosto, après deux à trois ans, le sol se reverdit et les premiers arbustes réapparaissent.

Interventions humaines ciblées

Les forestier·es de l'Office national des forêts (ONF) adaptent leurs interventions pour aider la forêt à se régénérer. La première étape consiste à sécuriser la zone et à établir un diagnostic précis, car chaque incendie a des caractéristiques uniques : intensité des flammes, état du sol, espèces présentes. Parmi les actions menées, on trouve l'installation de fascines, des petits ouvrages en bois mort disposés en travers des pentes pour ralentir l'écoulement de l'eau et limiter l'érosion des sols. Une autre technique est le recépage, qui consiste à couper les feuillus endommagés au niveau de la souche pour favoriser leur décomposition et le retour de matière organique dans le sol. Ces arbres peuvent ensuite repartir grâce à de nouveaux rejets. Parfois, il est nécessaire de replanter des arbres pour protéger les villages des risques naturels ou diversifier les peuplements forestiers.

Expérimentations pour l'avenir

Face au changement climatique, l'ONF et le Centre national de propriété forestière testent de nouvelles essences d'arbres plus résistantes. Sur une trentaine de sites, plus de 10 000 plantes ont été plantées, dont des espèces exotiques comme le pin de Bosnie, le cèdre de l'Atlas ou le pin de Camoussèdre. L'objectif est d'observer leur survie, leur croissance et leurs interactions avec la faune et la flore locales. Ces expérimentations visent à adapter les forêts françaises aux nouvelles conditions climatiques, notamment dans les régions du nord où les incendies progressent. Cependant, certaines espèces comme le pin d'Alep, adapté au climat méditerranéen, ne conviennent pas aux climats plus humides ou aux fortes gelées.

Retour progressif de la faune

Les incendies ont un impact dévastateur sur la faune : plus de 10 millions d'individus ont péri dans l'incendie des Corbières en 2025, dont 360 espèces d'oiseaux, 80 de mammifères (dont 27 espèces de chauves-souris) et une trentaine de reptiles et amphibiens, selon l'association Wany the Pooh. Cependant, la nature reprend progressivement ses droits. Les arbres morts offrent des perchoirs aux oiseaux, tandis que les troncs et branches au sol deviennent des refuges pour les insectes. Parfois, une explosion de biodiversité est observée après un incendie de faible intensité, car certains insectes profitent des milieux ouverts créés par le feu. En revanche, le retour trop rapide des ongulés comme les cerfs, qui broutent les jeunes pousses, peut freiner la régénération de la forêt.

Menaces sur la régénération

Certaines espèces ou phénomènes peuvent ralentir ou empêcher la régénération des forêts après un incendie. Le mimosa, une plante invasive, profite des milieux perturbés pour se développer rapidement et concurrencer les espèces locales. Le scolyte, un petit insecte, profite des arbres affaiblis pour proliférer et accentuer le dépérissement des peuplements. Bernard Prevosto, chercheur à l'Inrae, souligne que plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir et de renforcer leur résistance. À terme, cela peut conduire à une régression totale des peuplements forestiers. La mortalité des arbres en France a augmenté de 125 % en dix ans, sous l'effet combiné des incendies, des sécheresses, des maladies et des insectes ravageurs.

Ce que ça pourrait changer

Pour protéger les forêts, notamment dans les régions du nord de la France où les incendies progressent, Bernard Prevosto insiste sur l'importance de mettre en place des **politiques de prévention des incendies** et des aménagements du territoire, comme cela existe depuis des années dans le sud. Ces mesures pourraient inclure des coupes préventives, des pare-feux ou des plans de gestion adaptés. La forêt française continue globalement de gagner du terrain, mais elle est de plus en plus fragilisée par les pressions climatiques et humaines. Sans une gestion proactive, la résilience des écosystèmes forestiers pourrait être compromise à long terme.

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