Les cas se multiplient et les scientifiques ne savent pas pourquoi : cette moisissure mortelle s'attaque au cerveau
Les détections d'une moisissure mortelle qui colonise le cerveau ont quadruplé en deux ans aux États-Unis. La moitié des malades n'avaient aucune immunodépression.
Une moisissure appelée Candida auris suscite l'inquiétude des scientifiques en raison de sa capacité à infecter le cerveau, une complication extrêmement rare et souvent mortelle. Contrairement aux moisissures courantes comme celles du pain ou des fruits, Candida auris est un champignon microscopique qui peut provoquer des infections graves, notamment chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Cette souche, apparue pour la première fois en 2009 au Japon, a depuis été détectée dans plusieurs pays, avec une augmentation significative des cas ces dernières années. Elle résiste à de nombreux traitements antifongiques, ce qui rend son contrôle particulièrement difficile. Les symptômes d'une infection cérébrale incluent fièvre, maux de tête, confusion et, dans les cas graves, des lésions cérébrales irréversibles.
Les scientifiques observent une multiplication des cas d'infections à Candida auris depuis 2020, sans parvenir à en identifier clairement la cause. Aux États-Unis, le nombre de cas a été multiplié par dix entre 2020 et 2024, passant de 476 à 4 047. En Europe, plusieurs pays, dont l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni, rapportent également une augmentation des infections. Les chercheurs explorent plusieurs hypothèses : l'usage accru d'antibiotiques et d'antifongiques dans les hôpitaux, qui pourrait favoriser l'émergence de souches résistantes, ainsi que les changements climatiques, qui pourraient étendre l'aire de répartition de ce champignon. Cependant, aucune preuve définitive n'a encore été établie pour expliquer cette hausse.
Lorsqu'elle infecte le cerveau, Candida auris provoque une méningite fongique, une inflammation des méninges (les membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière). Les symptômes incluent une fièvre persistante, des maux de tête intenses, des nausées, des vomissements et une confusion mentale. Dans les cas avancés, des lésions cérébrales peuvent survenir, entraînant des troubles neurologiques permanents ou la mort. Le taux de mortalité associé à cette infection est élevé, estimé entre 30 % et 60 %, selon les études. Les traitements disponibles, comme les antifongiques à base d'amphotéricine B ou de fluconazole, sont souvent peu efficaces en raison de la résistance du champignon.
Candida auris est particulièrement redoutable en raison de sa résistance aux médicaments antifongiques. Environ 90 % des souches sont résistantes à au moins un traitement, et près de 30 % résistent à plusieurs classes de médicaments. Cette résistance s'explique par des mutations génétiques qui permettent au champignon de survivre aux molécules conçues pour le détruire. Les hôpitaux, où les patients sont souvent immunodéprimés, deviennent des foyers de propagation. Les mesures de prévention, comme le nettoyage rigoureux des surfaces et l'isolement des patients infectés, sont essentielles pour limiter la transmission.
Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer l'augmentation des cas de Candida auris. L'une d'elles implique l'usage massif d'antibiotiques et d'antifongiques dans les hôpitaux, qui pourrait sélectionner des souches résistantes. Une autre piste concerne les changements climatiques, qui pourraient favoriser la survie et la propagation du champignon dans des régions où il n'était pas présent auparavant. Les scientifiques étudient également le rôle des voyages internationaux, qui pourraient faciliter la diffusion du champignon à l'échelle mondiale. Cependant, aucune de ces théories n'a encore été confirmée de manière définitive.
Face à la menace que représente Candida auris, les autorités sanitaires recommandent des mesures strictes pour limiter sa propagation. Les hôpitaux doivent renforcer leurs protocoles d'hygiène, notamment en utilisant des désinfectants efficaces contre les champignons, comme l'acide peracétique ou le chlore. Les patients infectés doivent être isolés dans des chambres dédiées, et le personnel soignant doit porter des équipements de protection individuelle. En dehors des hôpitaux, il est conseillé d'éviter les environnements humides et chauds, où les champignons prolifèrent plus facilement. Ces mesures, bien que coûteuses, sont essentielles pour éviter une épidémie incontrôlable.
La lutte contre *Candida auris* représente un défi majeur pour la recherche médicale. Peu de nouveaux antifongiques sont en développement, en raison du coût élevé et de la complexité des essais cliniques. Les scientifiques explorent des pistes alternatives, comme l'utilisation de *virus tueurs de champignons* (appelés *mycoviruses*) ou de molécules naturelles issues de plantes ou de bactéries. Cependant, ces approches en sont encore au stade expérimental. En attendant, les chercheurs insistent sur l'importance de la surveillance épidémiologique pour détecter rapidement les nouveaux cas et adapter les stratégies de traitement.

