Pentagone contre Anthropic : la justice considère les mesures illégales et sans fondement
L’administration de Donald Trump avait classé Anthropic dans la liste des entreprises à risque pour la chaîne d’approvisionnement du Pentagone. La justice états-unienne vient de déclarer cette décision illégale.
En février et mars 2024, sous l’administration de Donald Trump, le Pentagone a classé Anthropic comme une entreprise à risque pour la chaîne d’approvisionnement du Département de la Défense américain. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions entre Trump et Dario Amodei, PDG d’Anthropic, après que ce dernier ait critiqué publiquement le président. Trump avait demandé à son administration de « cesser immédiatement toute utilisation de la technologie d’Anthropic », avant que la sanction ne soit officiellement annoncée. Le Pentagone avait justifié cette mesure en évoquant une hypothétique backdoor, c’est-à-dire une faille de sécurité permettant un accès non autorisé aux systèmes, dans les technologies d’Anthropic. Cette accusation a été au cœur du litige.
Le 28 août 2024, la juge Rita Lin, chargée de l’affaire opposant le Pentagone à Anthropic, a rendu un verdict déclarant les sanctions illégales et sans fondement. Dans sa décision, elle a souligné que le Pentagone avait abandonné son argument principal, à savoir l’existence d’une backdoor dans les technologies d’Anthropic. Elle a confirmé qu’Anthropic ne disposait d’aucun accès non autorisé et que ses modèles d’intelligence artificielle présentaient des risques comparables à ceux d’autres entreprises du secteur. La juge a également relevé que les mesures prises par l’administration Trump semblaient motivées par des raisons politiques, comme une volonté de punir Anthropic pour ses critiques, plutôt que par des motifs de sécurité nationale.
Rita Lin a rappelé que le gouvernement américain bénéficie d’une certaine déférence sur les questions de sécurité nationale, mais que cela ne lui donne pas le droit d’agir de manière arbitraire. Elle a critiqué l’utilisation abusive du prétexte de la sécurité nationale pour sanctionner une entreprise critiquant le gouvernement. La juge a également noté des incohérences dans la position du Pentagone : quelques jours avant l’annonce des sanctions, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait proposé d’appliquer le Defense Production Act à Anthropic, ce qui aurait signifié que l’entreprise était essentielle à la sécurité nationale. Malgré cela, les sanctions ont été maintenues, puis annulées par la justice.
Anthropic a salué la décision de justice, réaffirmant son engagement à collaborer avec le gouvernement américain pour développer des technologies d’intelligence artificielle au service de la sécurité nationale. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré : « Nous continuons à nous attacher à collaborer de manière constructive avec le gouvernement afin de mettre l’intelligence artificielle au service de notre sécurité nationale, pour que tous les Américains puissent bénéficier de cette technologie. » Aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part de Donald Trump, du Pentagone ou de la Maison Blanche. La décision de justice met fin à un conflit de six mois entre les deux parties.

