Le grand retournement : ces Britanniques qui émigrent en Pologne
Dix ans après les discours xénophobes de la campagne du Brexit contre les “plombiers polonais”, la Pologne, en plein miracle économique, attire les sujets de Sa Gracieuse Majesté. “The Times” est allé à la rencontre de ces Britanniques installés à Varsovie ou à Cracovie..
Dix ans après le référendum sur le Brexit en 2016, marqué par des discours xénophobes envers les travailleurs polonais, une inversion des flux migratoires est observée. Selon les statistiques de l’ONU, le nombre de migrants britanniques en Pologne a augmenté de 340 % entre 2015 et 2024. Ce phénomène, surnommé le grand retournement, illustre un changement de dynamique entre les deux pays. Les Britanniques, autrefois prompts à critiquer l’immigration polonaise, sont désormais nombreux à s’installer en Pologne, attirés par ses opportunités économiques et son coût de vie avantageux.
La Pologne connaît un miracle économique avec une croissance de 3,6 % en 2025, soit près du triple du taux britannique. Cette performance est portée par des investissements étrangers, des fonds européens et une main-d’œuvre qualifiée, dont une partie a acquis de l’expérience au Royaume-Uni. Les Britanniques expatriés en Pologne bénéficient d’un marché du travail dynamique, de places en crèche accessibles, d’un système de santé abordable et de transports bon marché. Par exemple, un plombier comme Jack Power, rencontré par The Times, souligne que les avantages de la vie polonaise compensent largement les défis, comme la barrière linguistique.
Depuis le Brexit, les Britanniques souhaitant séjourner plus de 90 jours en Pologne doivent obtenir un visa long séjour. Depuis 2012, la maîtrise du polonais est également requise pour obtenir la nationalité polonaise. Ces règles reflètent une volonté de contrôler l’immigration tout en maintenant une cohésion sociale. Malgré ces contraintes, des Britanniques comme Mark Jewiss, un informaticien de 50 ans installé à Cracovie depuis 2020, ne prévoient pas de quitter le pays, sauf en cas de crise majeure, comme une extension du conflit russo-ukrainien.
Les familles binationales britanniques-polonaises privilégient désormais l’éducation des enfants en Pologne plutôt qu’au Royaume-Uni, attirées par la qualité de vie et les opportunités professionnelles. Cependant, certains défis persistent, comme le manque de diversité culturelle et un environnement social perçu comme conservateur. Ces aspects sont mentionnés comme des bémols par les expatriés, mais ils ne remettent pas en cause leur choix de s’installer durablement dans le pays.
Le Brexit, officiellement effectif en 2020, a marqué un tournant dans les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, dont la Pologne fait partie. Les discours anti-polonais de la campagne pro-Brexit, ciblant notamment les *plombiers polonais* accusés de profiter du système européen, contrastent avec la réalité actuelle. Cette ironie est soulignée par *The Times*, qui note que les Britanniques, autrefois critiques envers la Pologne, y trouvent désormais des opportunités qu’ils ne soupçonnaient pas.

