NapseflowNapseflow
Recherche

Le Royaume-Uni face au scandale des adoptions forcées de l’après-guerre

The Conversation France · mis à jour il y a 13 j

Au milieu du XXᵉ siècle, les mentalités à l'égard de la maternité différaient profondément selon que les femmes étaient mariées ou non. Imperial War Museums L’Angleterre est le dernier pays des îles Britanniques à reconnaître officiellement le traumatisme des adoptions forcées.

Excuses officielles du Royaume-Uni

En juillet 2026, le Premier ministre britannique Keir Starmer a présenté des excuses officielles devant la Chambre des communes pour les adoptions forcées pratiquées au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale. Ces excuses s’adressaient directement aux mères et aux adultes adoptés victimes de ces pratiques, qu’il a qualifiées de « tache sur notre histoire ». Keir Starmer a reconnu que la honte de ces adoptions ne revenait pas aux victimes, mais aux institutions qui les ont organisées. Ces excuses s’inscrivent dans la continuité de celles déjà présentées par l’Écosse (2023), le pays de Galles, l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, ainsi que par d’autres pays comme l’Australie. Elles marquent une reconnaissance tardive d’un traumatisme historique encore peu connu du grand public.

Échelle du scandale

Entre 300 000 et 500 000 enfants auraient été retirés à leur mère au Royaume-Uni et en République d’Irlande entre 1945 et 1975, principalement issus de mères célibataires. Ces femmes, qualifiées de « mères non mariées » ou de « mères illégitimes », étaient souvent stigmatisées et privées de soutien social ou financier. Leur situation était aggravée par un modèle économique et social genré, où les femmes dépendaient financièrement des hommes et où les grossesses hors mariage étaient considérées comme une menace pour l’ordre moral. Les enfants nés de ces unions étaient appelés « illégitimes » et subissaient également une forte discrimination. Ces chiffres illustrent l’ampleur d’un système organisé par l’État et les institutions religieuses, qui a profondément marqué des générations de familles.

Rôle des foyers maternels

À partir de 1943 en Angleterre et 1944 en Écosse, le ministère britannique de la Santé a financé des foyers maternels (mother-and-baby homes), des établissements où les mères célibataires accouchaient avant que leur enfant soit placé à l’adoption. Ces foyers étaient gérés par des organisations religieuses (catholiques ou protestantes) ou laïques, et financés par des fonds publics, des dons caritatifs ou le travail non rémunéré des mères. En Irlande, la majorité de ces foyers étaient administrés par des institutions catholiques, avec un financement mixte (public et privé). Ces structures fonctionnaient comme des réseaux de contrôle, où le secret et la honte étaient utilisés pour « réintégrer » les femmes dans la société après leur accouchement. Ce système a favorisé une hausse massive des adoptions forcées.

Cadre légal et moral

Après la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements britannique et irlandais ont adopté une approche genrée de la protection sociale, où les femmes et les enfants n’étaient considérés comme éligibles à une aide qu’en tant qu’épouses, veuves ou enfants d’un homme pourvoyeur. Les mères célibataires étaient perçues comme une menace pour l’ordre moral et économique, et leur placement dans des foyers maternels était présenté comme une solution moralement justifiée. Les termes « mères non mariées » ou « illégitimes » servaient à stigmatiser ces femmes, tout en masquant les responsabilités des pères. Ce cadre légal et moral a légitimé des pratiques abusives, où les droits des parents adoptifs primaient systématiquement sur ceux des mères biologiques et de leurs enfants.

Conséquences sociales durables

Les adoptions forcées ont laissé des traces profondes dans les familles concernées. En 2021, 15,4 % des enfants au Royaume-Uni et 25 % en Irlande vivaient avec un seul parent, majoritairement des femmes (92 % en Écosse, 86 % ailleurs). Ces familles monoparentales restent plus exposées à la pauvreté, aux difficultés sanitaires et éducatives. Malgré l’évolution des mentalités, les préjugés persistent : les mères célibataires subissent encore une stigmatisation liée à leur statut. Des organisations comme One Parent Families Scotland ou Gingerbread luttent contre ces discriminations, mais les inégalités structurelles persistent. Ce contexte montre que les conséquences de ces pratiques dépassent largement la période des adoptions forcées.

Réactions des gouvernements

Plusieurs pays des îles Britanniques ont reconnu ces pratiques : l’Irlande a présenté des excuses en 2021 pour les mauvais traitements dans les mother-and-baby homes, mais sans aborder spécifiquement les adoptions forcées. L’Écosse et le pays de Galles ont suivi en 2023, mais sans accorder de réparation aux survivants. En Irlande du Nord, un programme « Vérité et réparation » a été lancé en 2021, avec un rapport attendu pour juillet 2026. Au Royaume-Uni, Keir Starmer a annoncé un financement pour une plateforme nationale d’archives et un projet de collecte de témoignages. Cependant, des militants soulignent que les excuses ne suffisent pas sans réparations concrètes, comme l’accès à la justice ou des compensations financières.

Ce que ça pourrait changer

Les excuses officielles, comme celle du Royaume-Uni en 2026, constituent une première étape vers la reconnaissance de ce traumatisme historique. Keir Starmer a insisté sur la nécessité d’écouter les témoignages des survivants et de mettre en place des réparations complètes, sous peine de voir ces excuses devenir des « paroles creuses ». Un projet de collecte de récits est prévu pour documenter les conséquences des adoptions forcées. Ces initiatives visent à tirer des leçons de cette histoire et à éviter que de telles pratiques ne se reproduisent. Cependant, la lenteur des réponses institutionnelles et l’absence de réparations dans certains pays rappellent que le chemin vers la justice reste long pour les victimes.

Sujets complémentaires