Project Suncatcher : la première étape du plan de Google pour envoyer des data centers dans l’espace
Google vient de mettre en orbite un satellite expérimental embarquant ses propres puces d’IA. L’objectif à terme : assembler des constellations de centres de calcul dans l’espace, alimentés par l’énergie solaire..
La demande en puissance de calcul pour l’intelligence artificielle (IA) atteint des niveaux sans précédent, mettant sous pression les infrastructures terrestres actuelles. Les data centers (centres de données), qui hébergent les serveurs et processeurs nécessaires au fonctionnement des modèles d’IA, consomment aujourd’hui des centaines de térawattheures (TWh) d’électricité par an à l’échelle mondiale. Par exemple, en 2026, leur consommation équivaut à celle de plusieurs pays européens réunis. Ces centres posent également des problèmes environnementaux majeurs : ils puisent d’énormes quantités d’eau pour leur refroidissement, parfois jusqu’à l’équivalent de la consommation annuelle en bouteilles d’eau d’un pays entier. Face à ces défis, les géants de l’IA explorent des solutions alternatives, dont l’envoi de ces centres dans l’espace.
Google a lancé le Project Suncatcher, un projet ambitieux visant à déplacer une partie de ses centres de données en orbite terrestre. L’objectif est d’exploiter l’énergie solaire, quasi illimitée dans l’espace, pour alimenter les serveurs et processeurs dédiés à l’IA. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les infrastructures terrestres, comme le data center controversé en Finlande ou le projet contesté à Étrechet en France, sont de plus en plus critiquées pour leur impact écologique et leur emprise foncière. Travis Beals, directeur du projet, souligne que le Soleil fournit l’essentiel de l’énergie du système solaire, offrant une source quasi inépuisable pour les calculs d’IA. Cependant, l’entreprise reconnaît que ce projet reste un pari insensé (a moonshot), dont la rentabilité n’est pas encore garantie.
Le 1er octobre 2026, Google a mis en orbite un satellite prototype développé en collaboration avec l’entreprise Planet, spécialisée dans l’imagerie satellitaire. Ce satellite embarque des puces TPU (Tensor Processing Unit), des processeurs conçus par Google pour accélérer les calculs liés à l’IA. Une mission d’un an est prévue pour tester la résistance de ces puces aux conditions spatiales, notamment leur capacité à supporter le vide et les variations extrêmes de température. Le refroidissement des TPU en orbite représente un défi technique majeur : dans l’espace, la chaleur ne peut être dissipée que par rayonnement via des radiateurs, ce qui alourdit considérablement le satellite. Par exemple, ces radiateurs comptent parmi les composants les plus lourds du satellite, augmentant les coûts de lancement, déjà très élevés.
Plusieurs obstacles techniques rendent le Project Suncatcher complexe. D’abord, le refroidissement des puces en orbite est un casse-tête : sans flux d’air, la chaleur doit être évacuée par des radiateurs, ce qui limite l’efficacité et augmente le poids des satellites. Ensuite, la maintenance des puces en panne devient quasi impossible à distance, car aucune intervention humaine n’est envisageable à des centaines de kilomètres d’altitude. Brandon Lucia, professeur à l’Université Carnegie Mellon, souligne que ces problèmes multiplient par 10, voire 100, la complexité et le coût des opérations. Enfin, l’empreinte carbone du projet doit être évaluée : si les satellites fonctionnent à l’énergie solaire, les fusées utilisées pour les lancer émettent du kérosène, un carburant polluant.
Google prévoit à terme de déployer des constellations de satellites interconnectés par des lasers, chacun embarquant plusieurs dizaines de puces TPU. Deux satellites supplémentaires doivent être lancés en 2027 pour tester cette technologie de communication inter-orbitale. Travis Beals, directeur du projet, estime que le coût des data centers orbitaux ne sera pas inférieur à celui des centres terrestres avant au moins cinq ans, voire bien plus. Il exclut également qu’ils remplacent totalement les infrastructures terrestres, estimant que les deux modèles coexisteront pendant longtemps. Beals qualifie le projet de *pari insensé*, dont la viabilité économique reste incertaine, mais qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles solutions pour l’IA dans les décennies à venir.

