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Géopolitique

La dette française est en train de décrocher

Le Grand Continent · mis à jour il y a 15 j

« Personne ne semble avoir pris conscience de la zone de danger dans laquelle nous entrons » L’article La dette française est en train de décrocher est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Alerte sur la dette

Selon Shahin Vallée, ancien conseiller économique d’Emmanuel Macron à Bercy, la France est entrée en septembre 2026 dans une zone de danger historique concernant sa dette. Il souligne que personne ne semble avoir pris conscience de cette situation critique, notamment dans les médias ou parmi les responsables politiques. La principale source d’inquiétude réside dans l’évolution du spread OAT-Bund, un indicateur clé qui mesure l’écart entre les taux d’intérêt payés par la France et l’Allemagne sur des emprunts à 10 ans. L’Allemagne est considérée comme l’emprunteur le plus fiable de la zone euro, ce qui en fait une référence pour évaluer le risque associé à d’autres pays. Plus cet écart augmente, plus les marchés financiers exigent une prime de risque élevée pour prêter à la France, rendant sa dette plus coûteuse.

Spread en forte hausse

Le spread OAT-Bund est passé de moins de 70 points de base (bps) au printemps 2026 à plus de 110 bps fin septembre 2026. Un point de base équivaut à 0,01 %, ce qui signifie que la France emprunte désormais 1,1 % plus cher que l’Allemagne pour un emprunt à 10 ans. Cette hausse rapide a des conséquences financières majeures : en trois semaines seulement, le surcoût annuel de la dette française s’élève à environ 15 milliards d’euros. Sur une période de dix ans, cela représenterait près de 100 milliards d’euros de charges supplémentaires. Pour donner une idée de l’ampleur, 15 milliards d’euros correspondent à une fois et demie le budget annuel de la Justice ou à la moitié de celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Par comparaison, l’investissement public français s’élève chaque année à environ 130 milliards d’euros.

Comparaisons historiques

La situation actuelle rappelle des crises passées. Le spread OAT-Bund avait atteint 211 bps en novembre 2011, au plus fort de la crise des dettes souveraines en Europe. En 1992, pendant la crise du franc marquée par des attaques spéculatives contre le système monétaire européen, l’écart était resté sous 150 bps. En 1983, avant l’introduction de l’euro, l’écart avec l’Allemagne avait frôlé 700 bps, poussant le gouvernement Mauroy à abandonner sa politique de relance pour adopter un tournant de la rigueur, c’est-à-dire une politique d’austérité visant à réduire les dépenses publiques. Ces comparaisons montrent que la France se rapproche de seuils critiques, où les marchés financiers deviennent particulièrement méfiants.

Risque de cercle vicieux

Pour comprendre pourquoi cette situation est dangereuse, il faut s’intéresser à la formule économique r > g, où r représente le taux d’intérêt de la dette et g la croissance nominale de l’économie. Lorsque r dépasse g, la dette augmente plus vite que la richesse produite par le pays. Cela crée un effet boule de neige réflexif : plus les taux montent, plus la dette s’alourdit, ce qui inquiète les marchés, entraînant une nouvelle hausse des taux. Shahin Vallée souligne que ce mécanisme peut devenir incontrôlable, même en l’absence de nouveaux déficits publics. La France pourrait ainsi voir son ratio dette/PIB augmenter mécaniquement, réduisant sa marge de manœuvre budgétaire.

Ce que ça pourrait changer

Les marges de manœuvre du gouvernement français sont limitées, notamment en raison d’un contexte politique complexe. Le pays est en pleine campagne présidentielle et ne dispose pas d’une majorité claire à l’Assemblée nationale. Une solution constitutionnelle existe : l’article 47, alinéa 3, de la Constitution permet de mettre en œuvre le budget par ordonnance si le Parlement ne s’est pas prononcé à temps. Cependant, cette procédure exige d’abord 70 jours de débats parlementaires, ce qui la rend difficile à appliquer rapidement. Shahin Vallée insiste sur le fait que *personne ne semble avoir pris conscience de la zone de danger*, alors que les indicateurs économiques s’aggravent rapidement.

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