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GÉOPOLITIQUE

La dette française est en train de décrocher

Source unique·il y a 15 j

L’emballement récent des écarts de taux entre la France et l’Allemagne révèle une dégradation brutale de la crédibilité financière du pays, au moment où les marges de manœuvre politiques s’amenuisent. Cette dynamique, si elle persiste, pourrait activer un cercle vicieux où la hausse des coûts d’emprunt alimente mécaniquement l’aggravation de la dette, sans que les institutions ne parviennent à enrayer le mouvement.

Comment la hausse du spread OAT-Bund se traduit-elle concrètement pour les finances publiques françaises ?

Le spread, qui mesurait environ 85 points de base fin août 2026, a dépassé 110 points de base à la date du 30 septembre 2026, ce qui signifie que la France emprunte désormais 1,1 % plus cher que l’Allemagne sur des obligations à dix ans. Cette différence se traduit par une charge supplémentaire estimée à 15 milliards d’euros par an sur la durée de vie des emprunts contractés, soit près de 100 milliards d’euros sur dix ans, sans même tenir compte de nouveaux déficits.

Quels précédents historiques permettent de situer la gravité de la situation actuelle ?

Le spread a déjà atteint 211 points de base en novembre 2011, au plus fort de la crise des dettes souveraines dans la zone euro. En 1992, pendant la crise du franc, l’écart était resté sous 150 points de base malgré les attaques spéculatives contre le système monétaire européen. En 1983, avant l’euro, l’écart avait frôlé 700 points de base, forçant le gouvernement Mauroy à abandonner sa politique de relance pour un virage d’austérité.

Pourquoi la dynamique actuelle du spread est-elle particulièrement dangereuse pour la France ?

La France pourrait basculer dans un effet « boule de neige réflexif » : si le taux d’intérêt (r) payé sur la dette dépasse durablement la croissance nominale de l’économie (g), la dette s’accroît mécaniquement plus vite que la richesse produite, même sans nouveau déficit primaire. Ce mécanisme, théorisé par la formule r > g, aggrave la pression des marchés et alimente une spirale auto-entretenue.

Quels leviers institutionnels pourraient être mobilisés pour limiter la dégradation, et pourquoi sont-ils limités ?

L’article 47, alinéa 3, de la Constitution permet de mettre en œuvre le budget par ordonnance si l’Assemblée ne s’est pas prononcée à temps, mais cette procédure n’a jamais été utilisée. Son déclenchement nécessiterait d’abord 70 jours de débats parlementaires, ce qui est incompatible avec l’urgence actuelle. En période de campagne présidentielle et sans majorité claire, les marges de manœuvre politiques sont quasi inexistantes.

Ce que ça pourrait changer

Une persistance du spread au-dessus de 110 points de base pourrait contraindre l’État à réduire drastiquement ses dépenses ou à augmenter les impôts, au risque d’aggraver la récession et de fragiliser encore la confiance des investisseurs. À moyen terme, si la dynamique r > g s’installe, la France pourrait perdre son accès aux marchés à des conditions supportables, nécessitant une intervention extérieure ou un plan de sauvetage européen, avec des conséquences politiques et sociales majeures.

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