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Géopolitique

Les déboires saoudiens au Yémen mis à profit par les Émirats et les Sudistes

Courrier International · mis à jour il y a 2 h

C’est le grand retour sur le devant de la scène du chef de file des nostalgiques du Yémen du Sud indépendant, Aïdarous Al-Zoubaïdi. Mais aussi des Brigades des géants du Sud, l’unité de combat la plus efficace dans la contre-offensive contre les houthistes.

Retour des indépendantistes

Le 14 octobre 2026, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Aden, capitale du sud du Yémen, pour réclamer la restauration de l’ancien Yémen du Sud indépendant. Cette date commémore l’indépendance obtenue en 1963 après une lutte contre le colonisateur britannique, menant à la création d’une république socialiste alignée sur l’Union soviétique. En 1990, le Yémen du Sud a fusionné avec le Yémen du Nord, mais des mouvements indépendantistes persistent. Parmi eux, Aïdarous Al-Zoubaïdi, chef historique de ces revendications, est revenu sur le devant de la scène. Il avait été contraint de quitter le Yémen début 2026 et s’était réfugié aux Émirats arabes unis, qui le soutiennent politiquement et militairement.

Rôle des Émirats

Les Émirats arabes unis ont joué un rôle clé dans le conflit yéménite en soutenant des groupes armés locaux, comme les Brigades des géants du Sud, une unité de combat considérée comme l’une des plus efficaces contre les rebelles houthistes. Début 2026, les Émirats avaient réduit leur implication directe au Yémen, laissant l’Arabie saoudite prendre le relais. Cependant, le retour en force d’Al-Zoubaïdi et des indépendantistes sudistes, avec l’appui des Émirats, marque une forme de revanche pour Abu Dhabi. Les Émirats avaient été évincés du conflit après que leurs alliés locaux aient été chassés du pouvoir, mais leur influence persiste via des soutiens logistiques et financiers.

Affaiblissement saoudien

L’Arabie saoudite est actuellement en difficulté dans le conflit yéménite, face à la résistance des houthis, un groupe rebelle soutenu par l’Iran. Les Saoudiens, qui avaient lancé une intervention militaire en 2015 pour soutenir le gouvernement yéménite reconnu internationalement, peinent à obtenir des résultats. Leur allié local, le gouvernement yéménite basé à Aden, est affaibli par des divisions internes et une perte de contrôle territorial. Les houthistes, qui contrôlent une grande partie du nord du pays, menacent désormais des zones clés comme Taëz, troisième ville du Yémen. Cette situation a ouvert une brèche pour les Émirats et leurs alliés sudistes, qui profitent des faiblesses saoudiennes pour renforcer leur position.

Enjeux géopolitiques

Le conflit au Yémen s’inscrit dans un contexte régional plus large, où l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis rivalisent pour influencer la région. Les deux pays sont membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), mais leurs stratégies divergent : l’Arabie saoudite mise sur une solution militaire pour rétablir le gouvernement yéménite, tandis que les Émirats soutiennent des groupes locaux pour sécuriser leurs intérêts stratégiques, notamment dans le sud du Yémen. Ce bras de fer illustre les tensions au sein du CCG et les rivalités entre puissances sunnites pour le contrôle de la péninsule arabique.

Ce que ça pourrait changer

La guerre au Yémen, qui dure depuis plus de dix ans, a plongé le pays dans une crise humanitaire majeure. Les combats, les blocus et les exactions des différentes parties ont provoqué une famine généralisée, des épidémies et la mort de plus de 377 000 personnes, selon les Nations unies. Les houthistes sont accusés de prédation économique, incluant des taxes illégales, des vols et des expropriations. Les populations civiles, notamment à Taëz, subissent des conditions de vie extrêmes, avec des pénuries d’eau, de nourriture et de médicaments. La mobilisation des indépendantistes sudistes intervient dans ce contexte de désespoir, où la population cherche des solutions locales pour survivre.

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