La longue marche – sur Les Survivants du Che de Christophe Dimitri-Réveille
Présenté en Sélection officielle à Cannes cette année, Les Survivants du Che suit l’épopée des six rescapés de la guerilla bolivienne où Ernesto « Che » Guevara fut capturé puis assassiné. Agrégeant images d’archives, témoignages et animation, Christophe Dimitri-Réveille entend reconstituer un moment-clé de l’histoire révolutionnaire, entre la longue marche fondatrice et l’errance crépusculaire.
Le film Les Survivants du Che, réalisé par Christophe Dimitri-Réveille, a été présenté en Sélection officielle au Festival de Cannes en 2026. Ce documentaire retrace l’histoire des six derniers survivants de la guérilla bolivienne, un mouvement armé mené par Ernesto Che Guevara dans les années 1960. Le Che est une figure emblématique de la révolution cubaine, médecin et révolutionnaire argentin qui a tenté d’exporter son idéologie à travers le monde. La guérilla bolivienne, lancée en 1966, visait à renverser le gouvernement bolivien et à inspirer d’autres révolutions en Amérique latine. Le film combine des images d’archives, des témoignages des rescapés et des séquences animées pour reconstituer cette période historique. L’objectif est de montrer la fin tragique de cette aventure, marquée par la capture et l’exécution du Che en 1967, tout en mettant en lumière le destin des six survivants qui ont échappé à cette répression.
L’article souligne un regain d’intérêt du cinéma français pour Cuba et la révolution castriste, avec près de trois films sortis ou projetés en 2026. Les Survivants du Che est le premier à être diffusé, suivi par Une vie manifeste de Jean-Gabriel Périot et Tricontinentale, lettre à ouvrir au cas où de Laura Cazador. Ces œuvres s’inscrivent dans un contexte où la menace d’un enlèvement de Raúl Castro, frère de Fidel Castro et ancien dirigeant de Cuba, plane sur l’île. La révolution cubaine, menée par Fidel Castro et soutenue par le Che Guevara, a marqué l’histoire du XXe siècle en instaurant un régime communiste à seulement 150 km des États-Unis. Ces films adoptent une approche empathique, se concentrant sur l’enthousiasme révolutionnaire des années 1960 plutôt que sur les aspects controversés du régime, comme les exécutions sommaires ou la répression politique. Christophe Dimitri-Réveille, par exemple, n’aborde le bilan contrasté du régime qu’en fin de documentaire.
Historiquement, le récit cinématographique occidental sur Cuba et le Che Guevara a été façonné par les États-Unis, souvent de manière critique ou propagandiste. Des films comme Topaz d’Alfred Hitchcock (1969) ou le diptyque Che de Steven Soderbergh (2008) illustrent cette tendance. Topaz est un thriller d’espionnage qui dépeint la révolution cubaine sous un angle négatif, tandis que le diptyque de Soderbergh, bien que plus nuancé, reste marqué par une vision américaine de l’histoire. En revanche, le film de Dimitri-Réveille se distingue en utilisant des images produites par l’ICAIC (Instituto Cubano del Arte e Industria Cinematográficos), un organe de production cinématographique créé par le régime cubain dès 1959 pour promouvoir sa propre vision de l’histoire. Cette approche permet de donner la parole aux acteurs directs de la guérilla et de restituer leur expérience, plutôt que de se fier aux récits des vainqueurs ou des opposants.
Parmi les films cités, *Tricontinentale, lettre à ouvrir au cas où* de Laura Cazador se distingue en s’intéressant à une figure moins connue : Michèle Firk, une critique de cinéma française engagée. Elle est morte en 1968 dans une guérilla au Guatemala, où elle avait rejoint les rangs des révolutionnaires. Son histoire illustre l’extension des idéaux révolutionnaires cubains à d’autres pays d’Amérique latine, un phénomène appelé la *Tricontinentale*, une conférence internationale organisée à La Havane en 1966 pour coordonner les luttes anti-impérialistes en Afrique, Asie et Amérique latine. Cette conférence a donné naissance à des mouvements armés dans plusieurs pays, dont le Guatemala, où Firk a trouvé la mort. Le film de Cazador explore ainsi les liens entre ces luttes et l’héritage du *Che* Guevara, tout en mettant en lumière des destins individuels souvent effacés par l’histoire.

