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Singapour brûle ses déchets et rejettes les cendres dans la mer - comment une île de 350 hectares est devenue un refuge pour la faune sauvage

Science & Vie · mis à jour 18 sept.

Sur une île minuscule et surpeuplée, chaque mètre carré compte, jusqu’à celui réservé aux ordures. Singapour a donc choisi de brûler ses déchets, puis de noyer les cendres au large.

Singapour et ses déchets

Singapour est une cité-État d’Asie du Sud-Est, composée de 63 îles, dont la principale fait seulement 728 km². Avec une densité de population de 8 350 habitants/km², l’espace est une ressource rare et précieuse. Face à cette contrainte territoriale, le pays a dû trouver une solution pour gérer ses déchets, estimés à 1,7 million de tonnes par an en 2022. L’incinération est devenue la méthode principale : 90 % des déchets sont brûlés dans des usines d’incinération (appelées incinérateurs), des installations industrielles qui transforment les ordures en cendres à haute température. Cette technique permet de réduire le volume des déchets de 90 %, facilitant leur stockage ultérieur. Cependant, Singapour ne disposant pas de terres disponibles pour une décharge classique, une solution originale a été mise en place pour évacuer les résidus.

La décharge de Semakau

Pour stocker les cendres issues de l’incinération, Singapour a créé une décharge sur l’île de Semakau, située à 8 km au sud de l’île principale. Cette île artificielle de 350 hectares a été construite en 1999 en combinant deux petites îles naturelles (Semakau et Pulau Sakeng) et en les entourant d’une digue en terre. Les cendres, mélangées à des cendres volantes (résidus toxiques capturés lors de l’incinération), sont transportées par bateau jusqu’à Semakau, où elles sont déposées dans des cellules étanches. Une fois remplie, la zone est recouverte de terre et de végétation, formant un paysage artificiel. Contrairement aux décharges classiques, Semakau n’est pas une simple poubelle : elle est conçue pour limiter les risques de pollution grâce à des barrières étanches et des systèmes de drainage.

Un écosystème inattendu

Contre toute attente, l’île de Semakau est devenue un refuge pour la faune sauvage, malgré son origine industrielle. Les eaux environnantes abritent des espèces marines protégées comme les tortues vertes (Chelonia mydas) et les dauphins de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris), ainsi que des coraux et des mangroves. Sur l’île elle-même, plus de 700 espèces végétales et animales ont été recensées, dont des oiseaux migrateurs et des crabes terrestres. Cette biodiversité s’explique par la gestion rigoureuse du site : les zones non utilisées pour le stockage des cendres sont laissées à l’état naturel, favorisant la recolonisation par la faune et la flore. Les autorités locales, comme l’Agence nationale de l’environnement (NEA), surveillent régulièrement la qualité de l’eau et des sols pour éviter toute contamination.

Gestion et surveillance

La décharge de Semakau est gérée par la National Environment Agency (NEA) de Singapour, une agence gouvernementale chargée de la protection de l’environnement. Depuis son ouverture, le site est soumis à des contrôles stricts pour garantir sa sécurité environnementale. Des études régulières sont menées pour évaluer l’impact des cendres sur les écosystèmes marins et terrestres. Par exemple, des analyses de l’eau et des sédiments sont réalisées tous les six mois pour détecter d’éventuelles traces de métaux lourds ou de polluants. De plus, des restrictions d’accès limitent les activités humaines sur l’île, préservant ainsi les habitats naturels. Cette approche illustre une tentative de concilier gestion des déchets et conservation de la biodiversité dans un territoire exigu.

Ce que ça pourrait changer

Bien que Semakau soit souvent présentée comme un exemple de gestion durable des déchets, ce modèle suscite des débats parmi les écologistes. Certains soulignent que l’incinération des déchets génère des *gaz à effet de serre* (comme le CO₂) et des polluants atmosphériques, contribuant au réchauffement climatique. D’autres critiquent le stockage des cendres en mer, même si elles sont traitées, en raison des risques potentiels de contamination à long terme. Malgré ces critiques, Singapour continue de s’appuyer sur cette méthode, faute d’alternatives viables à court terme. Le pays mise également sur le recyclage et la réduction des déchets à la source pour diminuer sa dépendance à l’incinération. En 2022, le taux de recyclage atteignait 54 %, un chiffre en progression, mais encore insuffisant pour éliminer totalement la nécessité des incinérateurs.

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