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129 élus municipaux ont démissionné en moins d’un an, dont 21 en Chaudière-Appalaches

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Derrière ces nombreuses démissions se cachent un climat de plus en plus difficile et un manque de ressources..

Départs massifs d'élus

Entre le 2 novembre 2025 et le 9 octobre 2026, 129 élus municipaux ont démissionné au Québec. Parmi eux, 21 provenaient de la région de Chaudière-Appalaches, 22 du Bas-Saint-Laurent et 20 de l'Abitibi-Témiscamingue. Ces chiffres, compilés par le ministère des Affaires municipales, révèlent une tendance préoccupante de départs massifs dans plusieurs régions du Québec. Les petites municipalités, comme Val-Alain en Chaudière-Appalaches avec seulement 1000 habitants, sont particulièrement touchées. Ces démissions reflètent un climat de travail de plus en plus difficile pour les élus locaux, marqué par des tensions et un manque de ressources. Les observateurs du milieu municipal attribuent cette situation à une combinaison de facteurs, dont l'intensification des critiques et des menaces envers les décideurs.

Intimidation et menaces

Plusieurs élus, comme le maire de Val-Alain Daniel Turcotte et la mairesse de Frampton Gina Cloutier, ont été victimes d'intimidation et de menaces, parfois publiques, notamment sur les réseaux sociaux. Daniel Turcotte a expliqué avoir subi des insultes verbales et des intimidations en ligne, décrivant les réseaux sociaux comme un enfer. Gina Cloutier a même annoncé vouloir quitter son poste après avoir reçu des menaces, avant de suspendre sa décision temporairement grâce à un mouvement de solidarité. Ces cas illustrent une normalisation inquiétante des attaques personnelles envers les élus, qui subiraient des intimidations toutes les semaines. Les réseaux sociaux sont pointés du doigt comme un amplificateur de ces comportements, où certains citoyens oublient que les décisions municipales, bien qu'impopulaires, sont encadrées par des règles strictes.

Rôle des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la montée des tensions envers les élus municipaux. Selon Daniel Turcotte, ces plateformes permettent à certains citoyens de s'exprimer sans filtre, oubliant que les municipalités fonctionnent dans un cadre légal précis. Les élus sont souvent contraints de prendre des décisions impopulaires, comme des hausses de taxes ou des restrictions, pour assurer le bon fonctionnement des services publics. Pourtant, ces choix suscitent des réactions hostiles en ligne, où l'anonymat encourage les propos insultants ou menaçants. Cette dynamique crée un environnement toxique pour les décideurs, qui doivent concilier leurs responsabilités avec la gestion des critiques, parfois violentes.

Loi de protection des élus

Depuis 2024, une loi québécoise vise à mieux protéger les élus municipaux contre les menaces et l'intimidation. Portée par la Coalition avenir Québec (CAQ), cette loi permet d'imposer des amendes pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars aux citoyens qui menacent ou intimident des élus. Cependant, son application reste limitée. Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et préfet de la MRC de Memphrémagog, souligne que cette loi est perçue comme un dernier recours dans les petites communautés. Plutôt que de sanctionner systématiquement, la FQM privilégie le dialogue et cherche des solutions pour améliorer la communication entre citoyens et élus. L'objectif est d'éviter des restrictions trop sévères qui pourraient nuire au tissu social local.

Manque de ressources

Les élus municipaux, surtout dans les petites municipalités, cumulent souvent plusieurs emplois pour subvenir à leurs besoins, car leur rôle d'élu ne représente pas leur principal revenu. Cette situation les rend particulièrement vulnérables au stress et à l'épuisement. Raphaël Rioux, ancien directeur général de municipalités et maintenant consultant, explique que les ressources disponibles pour soutenir les élus, notamment en matière d'aide psychologique, sont très limitées. Face à l'augmentation des attaques personnelles et au manque de reconnaissance, de nombreux élus choisissent de prioriser leur santé mentale et leur vie familiale plutôt que leur mandat. Rioux appelle à une révision du modèle municipal pour mieux accompagner ces acteurs clés du développement local.

Ce que ça pourrait changer

Les acteurs du milieu municipal, comme la FQM et des élus locaux, réagissent différemment à cette crise. Jacques Demers, président de la FQM, constate une croissance des menaces et de l'intimidation depuis plusieurs années, sans amélioration malgré la nouvelle loi. Il insiste sur la nécessité de dialoguer avec les citoyens plutôt que de recourir à des sanctions. De son côté, Raphaël Rioux, consultant en gestion municipale, souligne l'urgence de repenser le modèle actuel, qui ne permet pas de soutenir adéquatement les élus. Ces réactions montrent une volonté de trouver des solutions collectives, mais aussi une prise de conscience des limites du système actuel face à l'évolution des comportements citoyens.

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