«Ils ciblent ceux qui défendent la vie» : les écologistes, victimes silencieuses de la guerre au Proche-Orient
La protectrice libanaise des tortues marines Mona Khalil, le militant palestinien Odeh Hathalin… les attaques israéliennes au Proche-Orient tuent aussi celles et ceux qui défendent l’environnement. De véritables cibles, invisibilisées dans les bilans de guerre..
Mona Khalil était une activiste environnementale libanaise, spécialisée dans la protection des tortues marines caouannes et vertes, deux espèces menacées. Pendant près de vingt ans, elle a œuvré pour la préservation de la plage de Mansouri, au sud du Liban, où ces tortues pondent leurs œufs. Son engagement a permis de classer cette zone en réserve naturelle. Mona Khalil a formé de nombreux bénévoles, dont Fadia Jomaa, qui la considère comme une figure maternelle. Le 19 juin 2026, elle est décédée des suites de blessures causées par un bombardement israélien sur sa maison à Mansouri. Jusqu’à sa mort, elle avait refusé de quitter son domicile malgré les menaces militaires.
Depuis le 8 octobre 2023, date des représailles israéliennes après les massacres du Hamas, de nombreux écologistes, journalistes et universitaires ont été pris pour cibles au Liban et en Palestine. Mona Khalil est l’une des victimes les plus connues, mais d’autres activistes comme Osama Farhat (coordinateur de projet documentant les destructions environnementales) et Mohammad Skaf (ancien membre d’une association de protection animale) ont également été tués. Israël est accusé de cibler délibérément ces défenseurs de l’environnement, qui dénonçaient les atteintes écologiques causées par les conflits. Fadia Jomaa, elle-même menacée, souligne que ces frappes visent des symboles de la protection de la vie.
Selon l’ONG Global Witness, au moins 196 activistes climatiques ont été assassinés dans le monde en 2023, un chiffre probablement sous-estimé. L’organisation Front Line Defenders recense 358 défenseurs des droits humains tués en 2025, dont près d’un quart étaient engagés dans la protection des terres ou de l’environnement. Au Moyen-Orient, 52 de ces victimes ont été recensées, dont 43 en Palestine. Par exemple, Odeh Hathalin, militant anticolonial palestinien et consultant pour le documentaire No Other Land (2024), a été assassiné en juillet 2025 par un colon israélien. Ces chiffres illustrent une tendance globale de répression contre les écologistes.
La zone tampon de 620 kilomètres carrés au sud du Liban, établie après un cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël le 17 avril 2026, est le théâtre de destructions massives. Les troupes israéliennes y détruisent des villages, ce qui aggrave la vulnérabilité des populations locales et des écologistes. Les autorités iraniennes, quant à elles, ont également ciblé des défenseurs de l’environnement, comme Kaveh Madani, accusé d’espionnage en 2017-2018. Ces exemples montrent que les conflits armés exacerbent la répression contre les activistes, quel que soit le pays concerné.
La perte de Mona Khalil et d’autres écologistes a des conséquences écologiques majeures. Les tortues marines, déjà menacées, pourraient voir leur population décliner dans la Méditerranée orientale en raison de la destruction de leurs sites de ponte. Malgré les risques, des bénévoles comme Fadia Jomaa continuent de protéger ces espèces. Sur la plage de Rmeileh, à 57 kilomètres au nord de Mansouri, une équipe localise et sécurise les nids de tortues en enfonçant des tiges de bambou dans le sable. Leur mission s’inscrit dans la continuité de l’héritage de Mona Khalil, malgré les dangers persistants.

