Fire and floods are usually treated as separate hazards. Portugal’s Pinhal Interior shows why they are part of the same cycle
Across southern Europe, increasingly extreme heat, wildfire and intense rainfall are forcing planners to consider how one event can alter the risk of the next. Portugal’s exceptionally wet winter and another summer of wildfire risk are an example of this.
En Europe du Sud, les événements extrêmes comme les incendies de forêt et les inondations ne sont plus des phénomènes isolés. Au Portugal, l’hiver 2026 a battu des records de pluviométrie avec des précipitations trois à quatre fois supérieures à la normale, provoquant des inondations dévastatrices. Pourtant, cette abondance d’eau a paradoxalement favorisé la croissance de la végétation, transformant en carburant potentiel les herbes et arbustes séchés par la chaleur estivale. Ainsi, un hiver très pluvieux peut indirectement augmenter le risque d’incendie des mois plus tard. Ce phénomène illustre un cycle de risques interconnectés où une catastrophe prépare le terrain pour la suivante. Les scientifiques appellent cette relation un effet domino climatique, où les conditions météo extrêmes s’enchaînent et amplifient les vulnérabilités des territoires.
La région du Pinhal Interior, au centre du Portugal, est un cas d’école de ces risques imbriqués. En 2017, elle a subi des incendies meurtriers qui ont fait 66 morts, dont beaucoup en tentant de fuir par les routes. Quatre mois plus tard, une nouvelle vague de feux a causé environ 50 autres victimes. Depuis, une équipe de chercheurs, dirigée par un professeur d’architecture et d’adaptation au changement climatique, étudie les liens entre ces catastrophes. Leur travail s’appuie sur la formule Risque = Danger × Exposition × Vulnérabilité, un cadre utilisé pour évaluer les risques naturels. Ici, le danger correspond aux événements extrêmes (feux, inondations), l’exposition désigne les personnes ou infrastructures exposées, et la vulnérabilité mesure leur capacité à résister ou à se rétablir.
Le Portugal a progressé depuis 2017 en créant des Zones intégrées de gestion des paysages, qui visent à coordonner la gestion des terres fragmentées pour rendre les paysages plus résilients. Cependant, les forêts restent dominées par des espèces comme l’eucalyptus et le pin maritime, qui couvrent 48 % de la superficie forestière du pays selon les dernières données disponibles. Cette monoculture, combinée à une propriété foncière morcelée et à un manque d’entretien, complique la prévention des risques. Par exemple, en février 2026, la tempête Kristin a renversé plus de 3 300 arbres, bloquant des routes et empêchant l’accès aux zones forestières juste avant la saison des incendies. La ville de Pedrógão Grande a dû restaurer 618 km de routes forestières en urgence pour éviter une nouvelle catastrophe.
Le concept de gap de récupération (recovery gap) désigne le temps nécessaire à une communauté pour se remettre d’une catastrophe avant d’en affronter une autre. Au Pinhal Interior, cet intervalle a presque disparu en 2026. Les inondations de février ont isolé des villages comme Ereira pendant plus d’une semaine, tout en favorisant la croissance de végétation qui, une fois sèche, augmentera le risque d’incendie. Les scientifiques soulignent que la véritable menace ne vient pas seulement des événements extrêmes eux-mêmes, mais de l’impossibilité de se préparer à temps. Cette situation est aggravée par le changement climatique, qui réduit la durée entre deux catastrophes et rend les territoires plus vulnérables.
Les incendies et les inondations sont souvent perçus comme des dangers distincts, mais ils font partie d’un même cycle. Un feu de forêt dégrade les sols en éliminant la végétation qui les protège, rendant les pentes plus sensibles à l’érosion lors des pluies suivantes. Les sols brûlés deviennent hydrophobes, c’est-à-dire qu’ils repoussent l’eau au lieu de l’absorber, ce qui augmente les risques de glissements de terrain et de coulées de boue. À l’inverse, une saison humide favorise la repousse de végétation qui, en séchant, devient un combustible pour les incendies. Par exemple, des chercheurs ont montré qu’appliquer un paillis de résidus forestiers sur des sols brûlés réduisait de 91 % les pertes de sol sur cinq ans, illustrant l’importance des interventions préventives.
Pour réduire les risques, les experts recommandent une approche globale qui combine plusieurs mesures. D’abord, stabiliser les sols des pentes brûlées avant les pluies en utilisant des techniques comme le paillage ou l’ensemencement d’urgence. Ensuite, repenser la reconstruction des bâtiments en intégrant des matériaux résistants au feu, comme le liège, et en créant des espaces défensibles (zones dégagées autour des habitations). Enfin, gérer conjointement les forêts et les réseaux hydrographiques (rivières, canaux) pour éviter que le nettoyage des zones boisées ne néglige le drainage. Ces solutions nécessitent une collaboration entre architectes, écologues, ingénieurs et communautés locales, comme le montre un projet de recherche-action mené depuis 2017 dans le paysage fluvial portugais.
Les experts insistent sur la nécessité d’agir rapidement avant le retour des pluies ou des incendies. Trois priorités sont identifiées : évaluer les pentes brûlées au-dessus des zones habitées, stabiliser les sols avec des couvertures protectrices, et repenser la reconstruction des bâtiments pour les rendre résistants aux deux types de risques. Par exemple, des maisons en liège ont survécu aux incendies de 2022 dans la région de Serra da Estrela, démontrant l’efficacité de matériaux adaptés. Les gestionnaires doivent aussi veiller à ce que les réseaux de drainage et les routes forestières soient fonctionnels avant les prochaines catastrophes. Sans cela, l’intervalle entre deux crises restera trop court pour permettre une récupération complète.

