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Droit

Affaire Greg Guillotin : quand reconnaître les violences devient encore suspect. Par Sandrine Pégand, Avocat.

Village Justice · mis à jour il y a 9 j

Dans l'affaire Greg Guillotin, les aveux du mis en cause ont aussitôt été soupçonnés de relever d'une stratégie de communication. Pourtant, en matière de violences conjugales, où le déni impose souvent aux victimes un second combat, faut-il vraiment reprocher à un homme de reconnaître les violences qu'il a commises ? Depuis des années, nous demandons – à raison – que la parole des victimes de violences conjugales soit entendue.

Reconnaissance publique rare

Greg Guillotin, mis en cause pour des violences conjugales par son ancienne compagne, a choisi de reconnaître publiquement les faits le 5 septembre 2026, après la révélation de la plainte dans la presse le 4 septembre. Cette reconnaissance est inhabituelle, car la plupart des auteurs de violences conjugales nient les faits ou se taisent. Dans ce cas précis, l’homme a présenté des excuses, exprimé de la honte et annoncé avoir entamé un travail thérapeutique avec un professionnel spécialisé dans la prise en charge des auteurs de violences conjugales. Il n’a pas détaillé les autres faits dénoncés par sa compagne, réservant ses explications aux enquêteurs. Cette prise de parole a immédiatement suscité des critiques sur sa motivation, certains y voyant une stratégie de communication pour sauver sa carrière ou son image.

Attentes paradoxales envers auteurs

L’auteure de l’article, avocate pénaliste, souligne une contradiction dans les attentes envers les auteurs de violences conjugales. D’un côté, la société exige qu’ils reconnaissent leurs actes, prennent conscience de leurs comportements, se responsabilisent et se soignent pour éviter une récidive. De l’autre, lorsque cette reconnaissance survient, elle est immédiatement suspectée d’être une stratégie ou une tentative de manipulation. Les réactions vont alors dans ce sens : pourquoi parler si vite ? Pourquoi s’excuser ? Pourquoi évoquer un travail thérapeutique ? L’auteure interroge : que voulons-nous exactement des auteurs de violences ? Qu’ils nient ou qu’ils avouent ? Cette impasse crée une situation où toute réaction de l’auteur est critiquée, rendant toute issue impossible.

Asymétrie d'âge et relation

L’écart d’âge entre Greg Guillotin (33 ans) et son ancienne compagne (19 ans au moment de leur rencontre) a été largement commenté. Une différence de quatorze ans peut interroger sur l’équilibre au sein du couple, notamment lorsque l’un des partenaires est très jeune et encore en construction personnelle. Cependant, l’auteure rappelle que cet écart ne suffit pas, à lui seul, à caractériser une emprise ou une violence. Ce sont les faits concrets et les mécanismes de la relation qui doivent être analysés. Elle met en garde contre les automatismes qui pourraient conduire à généraliser ou à minimiser des situations complexes sans examen approfondi.

Dénonciation des violences conjugales

L’auteure explique que les victimes de violences conjugales doivent souvent mener un double combat : celui de dénoncer les violences et celui de faire reconnaître leur existence. Pour cela, elles doivent apporter des preuves (messages, certificats médicaux, témoignages), expliquer pourquoi elles sont restées dans la relation, pourquoi elles sont revenues ou pourquoi elles n’ont pas parlé plus tôt. Face à ces récits, les auteurs de violences répondent souvent par le déni (« Je n’ai jamais fait ça »). Dans cette affaire, Greg Guillotin a brisé ce schéma en reconnaissant publiquement les violences. Pour la victime, cela représente une avancée majeure, car elle n’a plus à prouver l’existence des violences contre le déni de l’autre.

Limites de la reconnaissance

L’auteure insiste sur le fait que la reconnaissance des violences par Greg Guillotin ne répare pas les actes commis, n’efface pas les souffrances endurées et ne préjuge pas de ce que la justice retiendra concernant l’ensemble des faits dénoncés. Le Conseil de la plaignante a d’ailleurs précisé que, selon sa cliente, les excuses et la promesse de se soigner avaient déjà été formulées pendant la relation, avant que les violences ne se reproduisent. Cela rappelle que reconnaître ne suffit pas : les excuses, le travail thérapeutique ou la prise en charge ne doivent pas être confondus avec une absolution ou un pardon. La justice reste nécessaire pour établir les faits et en tirer les conséquences pénales.

Rôle de la justice

L’auteure, en tant qu’avocate pénaliste, rappelle que la justice a pour mission d’établir les faits, de déterminer leur qualification juridique et, le cas échéant, de prononcer des sanctions. Elle souligne que ni Greg Guillotin ni son ancienne compagne ne sont connus d’elle, et qu’elle n’est l’avocate d’aucun des deux. Son rôle ici est d’alerter sur une idée qu’elle refuse : celle selon laquelle l’aveu public des violences devrait être considéré comme une faute supplémentaire. Pour elle, reconnaître les faits ne doit pas devenir une circonstance aggravante, mais doit être considéré comme une étape nécessaire, même si elle ne suffit pas à elle seule.

Ce que ça pourrait changer

L’élément central de l’article réside dans l’impact de la reconnaissance publique des violences sur la victime. Pour une personne ayant subi des violences conjugales, entendre enfin les faits reconnus par l’auteur est une réalité qui n’est plus contestée. Cela ne répare pas les traumatismes, mais cela permet de sortir de l’isolement et du doute. L’auteure souligne que cette reconnaissance, bien que tardive, est un soulagement pour la victime, car elle valide son vécu. Elle rappelle que la justice reste indispensable, mais que la reconnaissance des violences par leur auteur est un pas important, même s’il ne remplace pas les procédures judiciaires.

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