Trop jeunes pour être écouté·es, assez grand·es pour être réprimé·es
Tou·tes les jeunes ne sont pas considéré·es comme des enfants de la même manière. Le traitement médiatique et répressif du mouvement illustre un phénomène structurel de domination adulte, où infantilisation et adultisation sont les deux faces d’une même pièce : la volonté de contrôle des corps jeunes, exprimée sous différentes formes selon les rapports sociaux de classe, de genre et de race.
L’article souligne que tous les jeunes ne sont pas perçus de la même manière selon leur origine sociale, leur genre ou leur ethnicité. Par exemple, les jeunes issus de milieux populaires et racisés subissent souvent un traitement policier plus sévère que les autres, malgré leur minorité. Cette différence de traitement révèle une domination adulte structurelle, où la société oscille entre infantilisation (considérer les jeunes comme incapables de raison) et adultisation (les traiter comme des adultes responsables, notamment pour les réprimer). Ce phénomène s’observe dans le mouvement lycéen actuel, où les revendications des jeunes sont soit ignorées, soit discréditées, tandis que leur participation à des actions est réprimée comme celle d’adultes.
Le mouvement lycéen de 2026 illustre un paradoxe frappant : les jeunes sont jugés trop jeunes pour être pris au sérieux comme acteurs politiques, mais assez grands pour être interpellés, voire violentés par les forces de l’ordre. Cette contradiction n’est pas anodine : elle montre comment les rapports de classe, de genre et de race influencent la perception de la jeunesse. Par exemple, les jeunes racisés des classes populaires sont souvent perçus comme des adultes dès leur adolescence, ce qui les expose à des sanctions plus sévères. Les médias et les institutions politiques participent à ce déni d’autonomie en focalisant sur les violences plutôt que sur les revendications, ou en accusant les jeunes d’être manipulés par des groupes politiques adultes.
La parole des mineur·es est systématiquement disqualifiée dans le débat public. Plusieurs chercheur·ses, comme Vincent Tiberj (politiste) ou Manon Pignot (historienne de l’enfance), ont souligné que les revendications des lycéen·nes sont jugées trop confuses ou peu claires, voire attribuées à des proxys de l’ultragauche (comme La France insoumise). Ce déni d’autonomie politique n’est pas nouveau : il remonte à l’Antiquité, où Aristote comparait les enfants à des animaux capables de volonté mais pas de raison. Aujourd’hui, cette logique justifie leur exclusion des espaces de décision, tout en légitimant leur répression quand ils s’expriment. Les institutions scolaires et médiatiques jouent un rôle clé dans cette silenciation.
Les institutions, comme l’école ou la justice, participent activement à la domination adulte en appliquant des logiques différentes selon les profils des jeunes. Par exemple, les jeunes étranger·es isolé·es à Paris sont souvent évalué·es de manière incohérente par les services sociaux, où leur minorité est remise en question pour justifier des décisions restrictives. De même, les jeunes filles confrontées à la justice sont traitées différemment des garçons, avec des attentes genrées qui renforcent les inégalités. Ces pratiques révèlent comment les rapports d’âge s’entremêlent avec d’autres formes de domination (classe, genre, race) pour contrôler les corps jeunes. Les auteur·es cité·es (Vanina Mozziconacci, Juliette Rennes, etc.) montrent que cette domination est structurelle et non accidentelle.
La participation politique des jeunes, notamment dans les mouvements sociaux, est souvent perçue comme un *jeu d’enfants* plutôt que comme une expression légitime de citoyenneté. Pourtant, des études comme celles de Rachel Gasparini ou Leia Duval-Valachs (thèse de doctorat, 2025) montrent que les jeunes peuvent développer des compétences politiques précoces, par exemple dans les *conseils d’élèves* ou les assemblées délibératives. Cependant, ces initiatives sont rarement prises au sérieux par les adultes, qui préfèrent les encadrer ou les réprimer. Le mouvement lycéen de 2026, qui a précédé les mobilisations adultes, illustre cette tension : les jeunes sont à la fois ignoré·es et craint·es, car leur autonomie menace l’ordre établi. Les chercheur·ses appellent à repenser cette exclusion pour une démocratie plus inclusive.

