Trop jeunes pour être écouté·es, assez grand·es pour être réprimé·es
Le traitement médiatique et policier des lycéen·nes mobilisé·es révèle une contradiction structurelle : leur parole politique est systématiquement disqualifiée au nom de leur minorité, tandis que leur corps est soumis à une répression adulte dès lors qu’ils·elles incarnent une menace pour l’ordre établi. Cette double peine illustre comment la domination adulte, loin d’être un simple rapport d’âge, s’articule aux rapports de classe, de genre et de race pour produire des formes différenciées d’invisibilisation et de criminalisation des jeunes.
Pourquoi les revendications des lycéen·nes sont-elles si souvent présentées comme confuses ou manipulées par les médias et les responsables politiques ?
Les discours dominants refusent de reconnaître une autonomie politique aux mineur·es, les réduisant à des acteurs·rices incapables de pensée critique ou d’action collective autonome. Cette disqualification s’exprime notamment par l’accusation récurrente de manipulation par des « proxys de l’ultragauche », comme La France insoumise, qui nie toute capacité d’initiative aux jeunes, surtout lorsque leur mobilisation précède celle des adultes plutôt que de la suivre.
En quoi le traitement policier des jeunes racisé·es des classes populaires diffère-t-il de celui des autres lycéen·nes ?
Les jeunes racisé·es des classes populaires font l’objet d’un traitement policier qui les soustrait à la protection normalement associée à leur minorité, les exposant à des interpellations, des violences et des condamnations sans la même considération pour leur âge. Cette différence révèle comment les rapports d’âge, de classe, de genre et de race s’entremêlent pour produire des formes de contrôle social différenciées, où la répression devient un outil de maintien de l’ordre inégalitaire.
Quel paradoxe structurel le mouvement lycéen actuel met-il en lumière concernant la définition de la minorité ?
Le paradoxe tient à ce que les lycéen·nes sont simultanément considéré·es comme trop jeunes pour être écouté·es — leur parole politique étant systématiquement déniée — et assez adultes pour être réprimé·es, interpellé·es ou condamné·es comme des adultes. Ce double standard montre que la catégorie de « minorité » n’est pas neutre : elle est mobilisée de manière sélective pour justifier à la fois l’infantilisation et l’adultisation des jeunes, selon les rapports de pouvoir en jeu.
Ce que ça pourrait changer
Cette analyse invite à repenser les mécanismes de participation politique des mineur·es au-delà des cadres traditionnels, en interrogeant les conditions d’une véritable inclusion des jeunes dans l’espace public. Elle souligne aussi la nécessité de déconstruire les logiques de domination adulte qui structurent les institutions, sous peine de reproduire des formes de violence symbolique et physique contre les corps jeunes les plus marginalisé·es. À l’échelle collective, cela pourrait conduire à des réformes des pratiques policières et médiatiques, mais aussi à une refonte des représentations sociales de la jeunesse comme acteur politique à part entière.

