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Philosophie

Avoir 20 ans sous Macron

AOC Media · mis à jour il y a 2 h

Tirs tendus, voitures de police lancées sur des cortèges, près de 8 000 gardes à vue au 13 octobre, dont 6 773 mineurs : la réponse du pouvoir à la mobilisation lycéenne de l’automne n’a rien d’un accident. Elle couronne près de dix ans de petites phrases méprisantes, de réformes punitives et de soupçon généralisé envers une jeunesse que le président lui-même avoue ne pas aimer.

Violence institutionnelle

L’article souligne que la réponse du gouvernement français à la mobilisation lycéenne de l’automne 2026 a été marquée par une répression intense. Selon les données citées, près de 8 000 gardes à vue avaient été recensées au 13 octobre 2026, dont 6 773 concernaient des mineurs. Ces chiffres illustrent une politique de fermeté exceptionnelle envers les jeunes, avec des moyens policiers importants comme des tirs tendus (utilisation d’armes à feu par les forces de l’ordre) et des voitures de police lancées sur des cortèges (véhicules utilisés pour disperser les manifestants). Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion des mouvements sociaux, souvent qualifiée de répressive, où l’État privilégie la force plutôt que le dialogue. Le terme mobilisation lycéenne désigne ici les protestations organisées par des élèves du secondaire contre des mesures gouvernementales, un phénomène récurrent en France depuis plusieurs décennies.

Culture du mépris

L’auteur, Olivier Christin, historien et directeur d’études, analyse la relation entre le président Emmanuel Macron et la jeunesse française comme marquée par un mépris systématique. Il cite plusieurs déclarations et actions symboliques du pouvoir qui, selon lui, illustrent cette attitude. Par exemple, en juin 2018, Macron aurait répondu à un adolescent l’appelant Manu par tu m’appelles Monsieur le Président, une réponse perçue comme une mise à distance humiliante. En septembre 2018, il aurait affirmé à un jeune chômeur que traverser la rue suffisait pour trouver un emploi, une phrase devenue emblématique de son déni des difficultés économiques des jeunes. Ces propos, souvent relayés dans les médias, contribuent à façonner une image d’un président déconnecté des réalités sociales, notamment celles des 18-25 ans.

Mesures punitives

L’article recense plusieurs réformes et annonces gouvernementales perçues comme punitives envers les jeunes. En octobre 2020, lors du premier confinement lié au Covid-19, un préfet, Pierre Pouëssel, aurait déclaré que la bamboche, c’est terminé pour les jeunes, une phrase moquant leur vie sociale et leurs loisirs. En décembre 2023, le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a proposé d’instaurer le port de l’uniforme scolaire pour renforcer la cohésion entre les élèves, améliorer le climat scolaire et lutter contre le règne de l’apparence. Cette mesure, inspirée de systèmes éducatifs étrangers, a été critiquée pour son approche autoritaire et son manque de fondement pédagogique. Elle s’inscrit dans une logique de contrôle accru des comportements des élèves, perçue comme une restriction de leur liberté.

Discours stigmatisants

Gabriel Attal, devenu Premier ministre, aurait tenu en janvier 2024 un discours de politique générale où il aurait déclaré Tu salis, tu nettoies, tu casses, tu répares à l’intention de la jeunesse. Cette phrase, perçue comme une stigmatisation, suggère que les jeunes seraient responsables de dégradations et devraient assumer des tâches de nettoyage ou de réparation. En décembre 2025, Brigitte Macron, épouse du président, aurait qualifié des militantes féministes de sales connes, un propos qui a alimenté les critiques sur le manque de respect des institutions envers les mouvements sociaux. Ces déclarations, souvent relayées par les médias, renforcent l’idée d’un pouvoir politique qui considère les jeunes et les militants comme des ennemis plutôt que comme des citoyens à écouter.

Contrôle numérique

En août 2026, Gabriel Attal, alors candidat, aurait proposé un référendum pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure présentée comme une protection de la jeunesse. Cette proposition s’inscrit dans une tendance plus large de contrôle de l’espace numérique, perçu comme dangereux pour les jeunes. Depuis février 2026, le président s’interroge également sur une possible interdiction des jeux vidéo, un loisir populaire chez les jeunes, souvent associé à des stéréotypes de violence ou de passivité. Ces mesures, bien que présentées sous l’angle de la sécurité, sont critiquées pour leur approche répressive et leur méfiance envers les nouvelles technologies, perçues comme des outils de liberté plutôt que de danger.

Dénigrement politique

En octobre 2026, Sébastien Lecornu, alors Premier ministre, aurait déclaré à l’Assemblée nationale que brûler un lycée n’améliore pas la situation bâtimentaire de l’établissement, une phrase moquant les protestations lycéennes et minimisant les revendications sociales. Cette déclaration illustre une tendance récurrente du pouvoir à dénier toute légitimité aux mouvements de jeunesse, en les réduisant à des actes de violence ou de destruction. Le terme situation bâtimentaire désigne ici l’état des infrastructures scolaires, souvent dégradées en raison du manque d’investissement public. Cette approche, qui consiste à ignorer les causes profondes des mobilisations, renforce le sentiment d’injustice chez les jeunes, perçus comme des cibles plutôt que comme des acteurs du débat public.

Ce que ça pourrait changer

L’article s’appuie sur une citation de Paul Nizan, écrivain français du XXe siècle, qui affirmait dans *Aden Arabie* (1931) que *J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie*. Cette phrase, souvent reprise pour décrire les désillusions de la jeunesse, sert de fil conducteur à l’analyse d’Olivier Christin. Elle souligne que les deux mandats d’Emmanuel Macron (2017-2027) ont été marqués par une détérioration progressive des relations entre le pouvoir et les jeunes, transformant leur expérience de l’âge adulte en une période de frustration et de colère. Le terme *monument de mépris* utilisé par l’auteur résume cette accumulation de mesures et de discours perçus comme hostiles, qui ont façonné une génération en butte à un système politique qu’elle juge déconnecté.

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