États-Unis, Arabie saoudite
L’ESSENTIEL C’est un paradoxe : malgré la flambée des prix, les trois principaux producteurs de pétrole sont ébranlés. La crise révèle qu’être un « gros » producteur ne suffit pas pour être puissant, dès lors que les flux sont entravés.
En 2026, malgré une flambée des prix du pétrole (pic à 126 dollars le baril en avril, puis 95 dollars en septembre), les trois plus grands producteurs mondiaux, les États-Unis, l'Arabie saoudite et la Russie, sont en difficulté. Ce paradoxe s'explique par le fait que la puissance pétrolière ne dépend pas seulement de la quantité produite, mais aussi de la capacité à contrôler les flux et à absorber les chocs. La transition énergétique affaiblit progressivement leur influence, même si le pétrole reste indispensable. Par exemple, les stocks mondiaux sont tombés sous 8 milliards de barils, soit une baisse de 400 millions depuis février 2026, et l'offre mondiale de liquides devrait chuter à 101 millions de barils par jour (Mb/j) en 2026, contre 106 Mb/j en 2025.
Les États-Unis restent le premier producteur mondial avec 13,6 Mb/j en 2025, mais leur domination repose sur un mécanisme fragile : le tapis roulant. Les puits de schiste perdent 70 % de leur production dès la première année, contre 15 % pour un gisement conventionnel. Pour maintenir leur niveau de production, les États-Unis doivent donc forer en permanence, comme sur un tapis roulant. En 2026, malgré un prix du baril dépassant 100 dollars, les budgets d'investissement des exploitants ont baissé de 5 %, et le nombre de forages actifs est resté stable. Les actionnaires exigent désormais des dividendes plutôt que de la croissance, et les meilleures surfaces s'épuisent. Résultat : les États-Unis ne peuvent plus moduler leur offre à volonté et deviennent des preneurs de prix plutôt que des régulateurs du marché.
L'Arabie saoudite possède une capacité de production estimée à 12 Mb/j, mais en juillet 2026, elle n'a produit que 8 Mb/j, bien en dessous du quota de 10,5 Mb/j fixé par l'Opep+ pour septembre. La raison ? Les barils extraits ne peuvent pas tous être exportés en raison de contraintes logistiques. L'oléoduc Est-Ouest, qui contourne le détroit d'Ormuz, est saturé à 7 Mb/j, et les routes alternatives (Bab el-Mandeb, Suez, oléoduc Sumed) sont limitées, coûteuses ou menacées par des conflits. Par exemple, les flux passant par Bab el-Mandeb sont passés de 5 à 8 Mb/j, mais sont vulnérables aux blocus. La capacité de production ne vaut donc que si les infrastructures d'évacuation sont sûres, ce qui n'est plus le cas pour l'Arabie saoudite.
La Russie subit une érosion de sa puissance pétrolière sur trois fronts en 2026. D'abord, sa capacité de production a chuté à 9,5 Mb/j, contre des standards historiques plus élevés, en raison de l'épuisement des champs de Sibérie occidentale et du manque d'accès aux technologies occidentales sous sanctions. Ensuite, son raffinage a atteint un niveau record de 3,6 Mb/j en juillet, le plus bas depuis mai 2002, après des frappes de drones ukrainiens visant ses infrastructures. Enfin, ses exportations vers l'Asie, notamment vers la Chine et l'Inde, subissent une décote de 20 dollars le baril en raison de coûts de transport élevés et de l'utilisation d'une flotte fantôme. Résultat : la Russie exporte plus de brut brut et moins de produits raffinés, perdant de la valeur ajoutée.
La transition énergétique modifie les termes du problème pétrolier. En 2025, l'électrification du transport routier a évité la consommation de 1,7 Mb/j, et en 2026, les véhicules électriques représentent 30 % des ventes mondiales de voitures neuves, avec près de 60 % en Chine. Cette substitution réduit la dépendance au pétrole, mais elle raccourcit aussi l'horizon de monétisation des réserves restantes. Par exemple, si la demande de carburants routiers atteint un pic d'ici la fin de la décennie, les producteurs devront extraire plus rapidement leurs réserves, ce qui peut accélérer leur déclin. La transition complique également les stratégies des États rentiers, comme l'Arabie saoudite, qui doivent à la fois défendre leurs parts de marché et financer leur diversification, deux impératifs incompatibles.
La crise de 2026 révèle que la dépendance au pétrole décline lentement, mais que les amortisseurs du système (capacité de réserve, stocks, investissements de long terme) se dégradent plus vite. Par exemple, les stocks mondiaux sont passés sous 8 milliards de barils, et l'offre mondiale de liquides devrait rebondir à 109 Mb/j en 2027 si le détroit d'Ormuz rouvre, contre 101 Mb/j en 2026. Les pays consommateurs, comme l'Europe, doivent désormais internaliser la fonction d'assureur énergétique, car les producteurs ne peuvent plus jouer ce rôle. La rente pétrolière persiste, mais son autorité s'effrite, marquant la fin d'une ère où la puissance se mesurait simplement en barils extraits.

