«Un renversement»: ce que la politique fait aux femmes ( et vice versa)
Sexisme, insultes et «boys’ club» : 12 femmes de pouvoir témoignent dans le film de la réalisatrice Amélie Hardy..
Le documentaire Un renversement, réalisé par Amélie Hardy, explore la réalité des femmes en politique au Québec à travers les témoignages de 12 élues ou anciennes élues de différents partis. Le film, qui ouvre le Festival de cinéma de Québec le 9 septembre, aborde des thèmes comme le sexisme, les insultes en ligne, les dynamiques de pouvoir et la solidarité féminine transpartisane. Parmi les personnalités interviewées figurent Pauline Marois (ex-première ministre du Québec), Marwah Rizqy (députée libérale), Manon Massé (Québec solidaire) et France Bélisle (ex-mairesse de Gatineau). Le titre du documentaire fait référence à la manière dont les femmes transforment les structures politiques traditionnelles, souvent dominées par des hommes (boys’ club).
Le documentaire met en lumière la violence verbale et les menaces subies par les femmes politiques, notamment en ligne. Une scène marquante montre Christine Labrie, députée de Sherbrooke, lisant une liste d’insultes reçues par elle et ses collègues de Québec solidaire. Parmi ces messages figuraient des expressions comme « maudite folle », « va chier la brebis », « tu devrais décrisser » ou « ostie de plotte sale criminelle ». La réalisatrice Amélie Hardy qualifie ces attaques de « honte sociale » et de « violence extrême », soulignant que ces menaces incluent parfois des appels au viol ou au meurtre. Elle interroge : comment concilier l’exigence de proximité avec les électeurs et la réalité des risques encourus par les femmes en politique ?
Le documentaire retrace l’évolution de la représentation des femmes à l’Assemblée nationale du Québec. En 1985, elles ne représentaient que 14,8 % des députés, contre 46,4 % en 2022, un record avec 58 élues. Pauline Marois, première femme à devenir première ministre du Québec, est citée comme un symbole de cette progression. Cependant, malgré ces avancées, des inégalités persistent. Par exemple, l’Assemblée nationale dispose d’une halte-garderie, mais pas encore d’un centre de la petite enfance ni de congé parental pour ses membres. Le film souligne aussi l’entraide transpartisane entre élues, comme celle qui a permis l’adoption en 2013 de la Loi concernant les soins de fin de vie, incluant l’aide médicale à mourir.
Amélie Hardy explique que les femmes politiques abordent le pouvoir différemment des hommes. Selon elle, elles privilégient les résultats concrets et le bien commun plutôt que la recherche de visibilité personnelle. Elles seraient davantage capables de mettre de côté leurs désaccords partisans pour faire avancer des causes communes. Par exemple, le documentaire évoque un « girls’ club » informel où des élues de différents partis (Parti québécois, Parti libéral) collaboraient en coulisses pour faire adopter des lois féministes. Cependant, malgré ces dynamiques positives, les femmes restent confrontées à des jugements sur leur apparence, leur style vestimentaire ou leur coiffure, comme l’illustre le témoignage de Pauline Marois sur ses choix vestimentaires pendant son mandat.
La réalisatrice a choisi une esthétique brute et épurée pour son documentaire, en noir et blanc, avec des cadrages serrés et frontaux. Elle explique avoir voulu refléter la « féroce énergie » des femmes interviewées sans les « lisser » ou les « enjoliver ». Les séquences montrent les élues à leur arrivée en studio, soulignant l’événement que représente leur rassemblement. Cette approche vise à mettre en avant leur parole sans artifices, en insistant sur l’essentiel. Le film cherche ainsi à libérer la parole des femmes politiques et à montrer leur réalité, entre avancées sociales et persistance des inégalités.
Le documentaire *Un renversement* s’inscrit dans un contexte politique québécois marqué par une campagne électorale en cours. Il sera projeté en première au Festival de cinéma de Québec (FCVQ) le 9 septembre 2024. D’autres films sont également à l’affiche du festival, comme *Gabin* de Maxence Voiseux ou *Nitassinan* de Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin. Le film d’Amélie Hardy s’ajoute à une réflexion plus large sur la place des femmes en politique, comme en témoigne aussi l’essai *Le sexe du pouvoir* de Jocelyne Richer, basé sur des entrevues avec des élues. Le documentaire sera ensuite distribué en salles dans les semaines suivant sa première.

