Édition, une histoire sous contrôle : Couvertures de livres
À partir du 19ᵉ siècle, les couvertures prennent leur essor sur les premières pages des livres. En carton ou en papier, les couvertures contribuent à façonner l’identité visuelle de la maison d’édition.
Avant le 19ᵉ siècle, les livres étaient vendus sous forme de cahiers cousus (feuilles pliées et assemblées sans reliure) posés sur les comptoirs des librairies. Ces ouvrages n’avaient pas de couverture fixe : ils étaient souvent protégés par une page blanche sans information, appelée couverture d’attente, qui servait à préserver les pages. Pour identifier le livre, le lecteur devait consulter la page de titre, située à l’intérieur, où figuraient le nom de l’auteur, le titre et l’éditeur. Si l’acheteur en avait les moyens, il pouvait faire appel à un relieur (artisan spécialisé) pour ajouter une couverture solide, généralement en cuir (peau animale tannée) ou décorée d’or (motifs dorés). Ces reliures étaient souvent ornées de motifs complexes comme des arabesques (décors géométriques inspirés de l’art islamique) ou du feuillage (motifs végétaux), reflétant les arts décoratifs de l’époque.
À partir du 19ᵉ siècle, l’édition se structure et transforme le livre en un objet visuel. Les couvertures deviennent un enjeu commercial pour les éditeurs, qui cherchent à se différencier dans les vitrines des bibliothèques de gare ou des librairies. Les cartonnages d’éditeurs (couvertures en carton recouvert de toile ou de papier) se généralisent. La typographie (art de la mise en page des caractères) joue un rôle central : le titre, le nom de l’auteur et celui de la maison d’édition migrent de la page de titre vers la couverture. Les éditeurs adoptent des codes couleurs pour se reconnaître : Grasset utilise le jaune, Gallimard le blanc crème, et les Éditions de Minuit le blanc clair. Ces choix visuels visent à créer une identité visuelle forte et à faciliter la reconnaissance du livre par le public.
Au début du 20ᵉ siècle, les illustrations, puis les photographies, s’imposent sur les couvertures, notamment pour les romans policiers ou les éditions populaires. En France, le livre de poche (format compact et abordable) popularise cette tendance en accordant une place majeure à l’image par rapport au texte. Des graphistes comme Pierre Faucheux ou Robert Massin révolutionnent l’art de la couverture en en faisant un savoir-faire à part entière. Leur travail consiste à organiser les éléments visuels (images, typographie, couleurs) de manière harmonieuse pour attirer l’attention du lecteur. Malgré l’essor du numérique, les couvertures de livres restent un objet de fascination, prouvant que le format physique conserve une valeur symbolique et esthétique forte.
Deux spécialistes éclairent l’histoire des couvertures de livres. *Jean-Marc Chatelain*, directeur de la *Réserve des livres rares* à la *Bibliothèque nationale de France*, étudie les éditions anciennes et les techniques de reliure. Il est coauteur de *D’encre et de papier. Une histoire du livre imprimé* (Actes Sud, 2021). *Clémence Imbert*, historienne de l’art et du graphisme, enseigne à la *Haute École d’art et de design de Genève*. Elle a publié *Les Couvertures de livres. Une histoire graphique* (Actes Sud, 2022), analysant l’évolution des styles graphiques et des tendances éditoriales. Leurs travaux montrent comment la couverture est passée d’un simple emballage à un *outil de communication* essentiel pour les éditeurs.

