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Généraliste

Un an après la mort de Nooran, qui prend soin de ceux qui restent?

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

Soigner sans nommer les conditions sociales qui produisent la souffrance revient à en assurer la continuité..

Contexte tragique

Le 12 septembre 2025, Nooran Rezayi, un adolescent de 15 ans, a été abattu par le Service de police de l’agglomération de Longueuil, au Québec. Cet événement s’inscrit dans un contexte plus large de violences policières et institutionnelles ciblant des communautés marginalisées. Un an après sa mort, les auteurs soulignent que cette tragédie ne peut être isolée des structures de racisme et d’oppression systémiques qui traversent les institutions publiques. Ils rappellent que des pratiques comme le prélèvement et la conservation de mèches de cheveux de personnes noires et arabes par des policiers, révélées en février 2026, rappellent des violences coloniales historiques où les corps des peuples colonisés étaient exposés ou collectionnés sans consentement. Ces exemples illustrent une continuité dans la déshumanisation des minorités par les forces de l’ordre.

Conséquences psychiques

Les auteurs, qui sont psychiatres, psychologues, psychothérapeutes et intervenants psychosociaux, décrivent les impacts profonds de ces violences sur les jeunes et leurs communautés. Ils expliquent que la souffrance psychique engendrée dépasse la simple peur ou anxiété : elle peut altérer durablement le rapport à soi, aux autres et à l’avenir. Certains jeunes développent des troubles du sommeil, s’isolent, consomment des substances, décrochent de l’école ou deviennent violents envers eux-mêmes ou autrui. D’autres perdent tout espoir et la capacité de se projeter dans l’avenir. Contrairement à une blessure physique, ces traumatismes invisibles sont souvent minimisés par la société, qui les réduit à des problèmes de comportement ou à de la délinquance, sans en analyser les causes structurelles. Les auteurs insistent sur le fait que ces traumatismes ne s’arrêtent pas aux actes de violence initiaux, mais se prolongent dans les réactions institutionnelles qui suivent.

Violences qui voyagent

Les violences policières et institutionnelles ne touchent pas uniquement les personnes directement concernées : elles se propagent dans les familles, les groupes d’amis et les communautés. Les auteurs citent l’exemple des perquisitions domiciliaires menées après la mort de Nooran, ainsi que la campagne de surveillance ciblant des jeunes de Longueuil en février 2026, qui a suscité l’inquiétude des intervenants communautaires. Ces mesures renforcent un sentiment de méfiance envers les institutions censées protéger. Par ailleurs, les auteurs soulignent un paradoxe : l’État québécois finance des programmes d’aide pour les victimes d’actes criminels, mais exclut les familles touchées par des violences perpétrées par ses propres institutions. Pendant ce temps, les forces policières bénéficient de services de soutien psychologique financés par des fonds publics, auxquels contribuent pourtant les mêmes populations qui subissent ces violences.

Appel à la justice

Les auteurs, représentant près de 80 professionnels de la santé mentale et du travail social, appellent à une réponse collective et structurée face à ces violences. Ils exigent que les familles des victimes aient accès à un fonds public de soutien pour partager le fardeau émotionnel et financier de leur traumatisme. Ils plaident pour une réallocation des ressources actuellement consacrées au système policier vers la santé mentale, l’éducation et les services sociaux. Les auteurs invitent également les travailleurs de la santé mentale à remettre en question les conditions dans lesquelles ils exercent, en refusant les pratiques qui participent à la violence qu’ils cherchent à réparer. Ils rappellent que soigner sans nommer les conditions sociales produisant la souffrance revient à en assurer la continuité. Leur message s’adresse aussi aux familles de Nooran et à toutes les victimes de violences institutionnelles : leur douleur est légitime et mérite d’être portée collectivement.

Ce que ça pourrait changer

Les signataires de cette lettre sont des professionnels de la santé mentale et du travail social, principalement basés au Québec. Parmi eux figurent Iman Sta-Ali, doctorante en psychologie clinique et présidente du Centre Binetna, ainsi qu’Amira Bensahli, co-coordonnatrice et organisatrice communautaire. Le Centre Binetna, qui les soutient, est une organisation engagée dans l’accompagnement des communautés touchées par les violences systémiques. Les signataires incluent également des psychiatres, des psychologues, des sexologues, des travailleurs sociaux et des intervenants psychosociaux, tous unis par une volonté de dénoncer les violences institutionnelles et de promouvoir une approche plus juste et inclusive dans la prise en charge des traumatismes.

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