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Incendies : le retour à la maison, angle mort de la gestion de crise

The Conversation France · mis à jour 5 août

L’ESSENTIEL La gestion des incendies reste organisée autour de l’urgence alors que les difficultés peuvent se prolonger après l’extinction du feu. L’accompagnement des habitants de retour chez eux est fragmenté.

Gestion de crise incomplète

La gestion des incendies en France est principalement centrée sur la lutte contre les flammes, négligeant souvent la phase post-incendie. Pourtant, pour les habitants, les difficultés persistent après l'extinction du feu, notamment lors du retour à domicile. Les plans de gestion de crise, comme le dispositif Orsec (Organisation de la réponse de sécurité civile), prévoient trois phases : préparation, urgence et post-accidentelle. Cependant, entre la fin de la menace immédiate et le déploiement des dispositifs post-accidentels, un vide persiste. Aucun service n'est clairement désigné pour gérer des problèmes concrets comme le ramassage des suies, l'évaluation des dommages invisibles (chaleur, fumées) ou la remise en état des infrastructures. Cette fragmentation des responsabilités crée des interstices de prise en charge, où les besoins des habitants ne sont pas couverts de manière immédiate ou coordonnée.

Manque de données précises

Pour évaluer les conséquences d'un incendie, les autorités dépendent des dispositifs de mesure existants avant et pendant le sinistre. Par exemple, à Fontainebleau (Seine-et-Marne), une station de surveillance de la qualité de l'air située à 5 km de l'incendie a permis de documenter les pollutions. Sans capteurs ou prélèvements préalables, certaines expositions aux fumées ou aux particules restent difficiles à reconstituer. Les indicateurs sanitaires classiques (hospitalisations, appels à SOS Médecins) ne captent pas les atteintes diffuses comme les irritations, les odeurs persistantes ou les impacts sur les animaux et les végétaux. Ces angles morts de la connaissance empêchent d'orienter les investigations ou d'adapter les réponses, laissant des problèmes concrets sans qualification ni solution.

Crise comme régulateur

Les failles dans la prise en charge des incendies (fragmentation des responsabilités et manque de données) se renforcent mutuellement. Lorsqu'un problème survient dans un interstice de prise en charge ou qu'un signalement n'est pas documenté, il est rarement traité rapidement. Les difficultés ne sont reconnues que lorsque des plaintes, des mobilisations ou des controverses publiques émergent. L'exemple de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen en 2019 illustre ce mécanisme : les inquiétudes des riverains (suies dans les cours d'école, odeurs persistantes, fragments d'amiante) n'ont été prises au sérieux qu'après des manifestations et la création d'associations de victimes. La crise devient ainsi un mécanisme de régulation où les réponses institutionnelles dépendent de la visibilité des problèmes, et non de leur anticipation.

Rôle clé des habitants

Les habitants ne sont pas seulement des victimes à protéger : ils possèdent une connaissance fine de leur territoire, de ses vulnérabilités et des problèmes émergents après un incendie. Leur participation active pourrait améliorer la gestion de crise, notamment via des comités locaux chargés de signaler les dysfonctionnements, d'identifier les besoins et de discuter des priorités. Les autorités pourraient aussi publier des bulletins d'habitabilité regroupant des données sur la qualité de l'air, de l'eau, l'état des réseaux et les signalements des habitants (odeurs, dépôts, symptômes). Des dispositifs similaires existent en Amérique du Nord, comme un tableau de bord mis en place après les incendies de Los Angeles en janvier 2025, qui centralise les mesures environnementales et sanitaires. Cependant, ces outils intègrent encore peu les observations citoyennes, malgré leur utilité pour compléter les données institutionnelles.

Exemple des 'nez normands'

L'expérience des nez normands, formée par l'association Atmo Normandie après l'incendie de Lubrizol, montre comment les observations citoyennes peuvent enrichir les données scientifiques. Ces habitants, formés à décrire les phénomènes olfactifs, ont permis de mieux documenter les retombées des fumées. Leurs signalements ne remplacent pas l'expertise toxicologique, mais ils fournissent des informations complémentaires essentielles pour identifier des problèmes émergents. Une politique de l'habitabilité devrait traiter ces observations comme des signaux à instruire, sans les considérer d'emblée comme des preuves ou des perceptions subjectives. Cela permettrait de déclencher des investigations ciblées ou des échanges avec les populations concernées, évitant ainsi une gestion réactive des crises.

Ce que ça pourrait changer

Avec le changement climatique, les étés plus rudes et les risques d'incendies en augmentation, la gestion des feux ne peut plus se limiter à la lutte contre les flammes. L'après-feu et les enjeux d'*habitabilité* (qualité de l'air, de l'eau, état des logements, santé des habitants) doivent être intégrés comme une composante à part entière de la gestion de crise. Cela implique de combler les vides institutionnels, d'améliorer la collecte de données et d'associer systématiquement les habitants à toutes les phases, de la préparation à la reconstruction. Sans ces mesures, les conséquences des incendies continueront de peser sur les populations bien après l'extinction des feux, comme cela a été observé après Lubrizol ou les incendies récents en Gironde et dans le Var.

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