«Complètement démesuré» : la préfecture de Gironde autorise le plus grand projet de ferme à saumons de l’Union européenne
Saumon enfumé. Alors que la Gironde se remet à peine des incendies historiques qui ont ravagé plus de 42 000 hectares, la préfète du département vient d’autoriser le très contesté projet de mégaferme terrestre à saumons dans l’estuaire.
La préfète de Gironde a autorisé le 3 août 2026 la construction de la plus grande ferme à saumons terrestre de l’Union européenne, située au Verdon-sur-Mer, dans l’estuaire de la Gironde. Porté par Pure Salmon, un projet d’une valeur de 280 millions d’euros, il prévoit une production annuelle de 10 000 tonnes de saumons, soit près du double de la production totale de toutes les piscicultures marines françaises en 2024 (5 807 tonnes). Ce projet s’inscrit dans une ancienne friche industrialo-portuaire et devrait créer 250 emplois directs. Pure Salmon, filiale française d’une entreprise singapourienne, présente ce projet comme un atout économique majeur pour le territoire, notamment pour réduire la dépendance aux importations de saumon, actuellement à 99 % en France.
Le projet suscite une forte opposition en raison de son impact potentiel sur l’environnement. Les opposants, dont des associations comme Seastemik et L214, dénoncent un risque de stress hydrique accru, car la ferme nécessiterait jusqu’à 6 500 m³ d’eau par jour, un volume jugé excessif dans un contexte de sécheresse et d’incendies historiques ayant ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde. L’estuaire de la Gironde, décrit comme le plus grand et le plus sauvage d’Europe, pourrait être menacé par les rejets de boues et les perturbations de la biodiversité. En janvier 2026, 27 ONG ont signé un appel dénonçant un projet « complètement démesuré », et plus de 20 000 contributions défavorables ont été enregistrées lors de l’enquête publique. Des experts comme le BRGM et le conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde ont souligné un manque de données précises sur les rejets d’azote et de phosphore.
Pure Salmon affirme utiliser une technologie de recirculation d’eau (Recirculating Aquaculture Systems, ou RAS), présentée comme vertueuse car elle limite les prélèvements d’eau en filtrant et réutilisant en continu le même volume. La préfète de Gironde met en avant des « prescriptions environnementales exigeantes » pour encadrer le projet, incluant la protection des ressources en eau, la qualité des rejets et la préservation de la biodiversité. Cependant, les opposants critiquent cette technologie, soulignant que les densités de saumons prévues (60 à 70 kg/m³) sont incompatibles avec les besoins de l’espèce, migratrice et adaptée aux milieux ouverts. L’association L214 estime que chaque saumon disposerait d’un espace équivalent à une demi-baignoire, remettant en cause le bien-être animal. Pure Salmon assure pourtant que ce critère est une priorité, avec une alimentation « responsable et traçable ».
Le projet divise au sein du gouvernement français. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’y est opposée « à titre personnel » lors d’une audition au Sénat en avril 2026, tandis que le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a soutenu son développement lors d’un déplacement en Gironde en juin 2026. Une proposition de loi, déposée en mars 2025 et soutenue par plus de 100 députés de tous bords politiques, demande un moratoire de dix ans sur les fermes-usines de saumons, mais n’a pas encore été examinée. Face à l’autorisation préfectorale, une dizaine d’ONG préparent un recours contentieux devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux. En parallèle, la commission d’enquête publique a rendu un avis favorable en mars 2026, tout comme le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) un mois plus tard.
Le projet s’inscrit dans un territoire déjà fragilisé par des incendies historiques en 2026, ayant détruit plus de 42 000 hectares, et par un stress hydrique persistant. L’estuaire de la Gironde, classé comme espace naturel protégé, abrite une biodiversité riche et des activités économiques comme la pêche et l’élevage d’huîtres, notamment sur l’île d’Oléron. Les professionnels locaux, comme l’éleveur d’huîtres Philippe Morandeau, s’inquiètent des risques de déséquilibre environnemental et de pollution des eaux, qui pourraient menacer leurs ressources. Le projet est également critiqué pour son implantation dans une zone déjà industrialisée, bien que certains y voient une opportunité de reconversion d’une friche portuaire.

