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Géopolitique

Déficitaire ou bénéficiaire ? Le Portugal s’écharpe sur son régime de retraite

Courrier International · mis à jour il y a 3 j

Commandé par le gouvernement de centre droit de Luís Montenegro, un rapport affirme que le système de pensions est déficitaire, alors que la Sécurité sociale affiche un excédent record. En cause : l’intégration controversée de l’ancien régime des fonctionnaires dans ses comptes.

Deux diagnostics opposés

En 2025, le système de retraites portugais affiche deux résultats contradictoires selon la méthode comptable utilisée. D’un côté, la Sécurité sociale (régime général) enregistre un excédent de 5,4 milliards d’euros, ce qui suggère que le système est bénéficiaire. De l’autre, un rapport commandé par le gouvernement de centre droit de Luís Montenegro, incluant l’ancien régime des fonctionnaires (Caixa Geral de Aposentações, CGA), révèle un déficit de 1,9 milliard d’euros. Ces chiffres proviennent des mêmes comptes, mais leur interprétation diverge radicalement. La CGA, fermée aux nouveaux affiliés depuis 2006, continue de payer les pensions des anciens fonctionnaires sans recevoir de nouvelles cotisations. Ce débat comptable cache en réalité un enjeu politique majeur : la définition de ce qui constitue une dette publique ou un déséquilibre structurel du système de retraites.

La CGA, un casse-tête

La Caixa Geral de Aposentações (CGA) est un régime spécial pour les fonctionnaires portugais, créé avant que le pays n’intègre le système général de Sécurité sociale. Depuis 2006, les nouveaux fonctionnaires cotisent au régime général, tandis que la CGA reste responsable des pensions des anciens employés publics. Ce système génère un déséquilibre croissant : les cotisations ne couvrent plus les dépenses, car la CGA ne reçoit plus de nouvelles recrues. Les experts comme Jorge Bravo estiment que l’intégration de la CGA dans les comptes de la Sécurité sociale est artificielle et fausse le diagnostic. Pour eux, ce déficit apparent est en réalité une dette historique de l’État, qui devrait être assumée séparément. À l’inverse, ses détracteurs y voient une tentative de discréditer le système public au profit d’une logique d’épargne privée.

Un choix politique en jeu

L’intégration de la CGA dans les comptes de la Sécurité sociale n’est pas qu’une question technique, mais bien un choix politique. Le gouvernement de Luís Montenegro, de centre droit, défend cette méthode pour montrer que le système de retraites est en difficulté. Cette approche alimente les craintes d’une remise en cause du modèle solidaire portugais, où les actifs financent les pensions des retraités. Certains, comme l’ancien ministre conservateur José Silva Peneda, dénoncent une manipulation des chiffres qui « vicie » le débat. À l’inverse, les opposants au rapport accusent le gouvernement de transformer une dette transitoire en crise structurelle, afin de justifier des réformes plus radicales, comme le développement de l’épargne retraite privée. Ce clivage traverse même la droite portugaise, reflétant les tensions autour du modèle social européen.

Ce que ça pourrait changer

Au cœur de ce débat se trouvent les retraités portugais, dont les pensions dépendent de la stabilité du système. Si le gouvernement met en avant un déficit pour justifier des réformes, ses détracteurs craignent une fragilisation du modèle actuel, basé sur la solidarité intergénérationnelle. Les fonctionnaires, en particulier, voient leur régime spécial menacé, alors que les salariés du privé bénéficient d’un système général excédentaire. La question est donc de savoir si l’État doit assumer seul la dette de la CGA ou si les cotisants doivent contribuer davantage. Ce débat dépasse le cadre comptable : il interroge l’avenir du système de retraites au Portugal et, plus largement, en Europe, où de nombreux pays font face à des défis similaires liés au vieillissement démographique.

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