Au Royaume-Uni, les déboires des boutiques caritatives reflètent le triomphe de Vinted
Plusieurs centaines de “charity shops”, incontournables dans les rues commerçantes britanniques, vont définitivement fermer leurs portes au cours des dix-huit prochains mois. En cause, une hausse des coûts et la concurrence des plateformes de revente de vêtements en ligne, déplore une partie de la presse, quand d’autres saluent la déchéance d’un modèle à bout de souffle..
Le secteur des charity shops au Royaume-Uni, ces boutiques solidaires où sont vendus des vêtements et objets d'occasion pour financer des associations, traverse une crise majeure. D'ici le printemps 2028, près de 150 magasins de l'association British Heart Foundation (BHF), qui lutte contre les maladies cardiovasculaires, fermeront définitivement, soit 23 % de ses 640 succursales. Oxfam, une autre ONG emblématique, prévoit la fermeture d'un local caritatif sur cinq, tandis que Cancer Research UK supprime également 90 de ses boutiques. Ces fermetures illustrent l'effondrement d'un modèle économique centenaire, né en 1937 avec la première friperie solidaire en Écosse après la Seconde Guerre mondiale. Ces magasins, autrefois incontournables dans les rues commerçantes britanniques, voient leur fréquentation et leurs revenus s'effondrer.
Deux facteurs principaux expliquent cette crise. D'abord, la hausse des coûts : loyers, salaires et charges énergétiques ont fortement augmenté, réduisant les marges déjà faibles de ces boutiques. Ensuite, la concurrence des plateformes en ligne comme Vinted, spécialisée dans la revente de vêtements d'occasion, séduit de plus en plus de consommateurs. Les charity shops britanniques, qui reposent sur le don et la vente de vêtements de seconde main, perdent des parts de marché face à ces alternatives numériques, plus pratiques et souvent moins chères. Les associations caritatives dénoncent cette situation, tandis que certains observateurs y voient la fin d'un modèle dépassé, incapable de s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation.
La fermeture du magasin British Heart Foundation à Brighton, décrit comme un « bijou » par ses clients pour son offre variée d'électroménager d'occasion, illustre l'impact émotionnel de ces disparitions. Pour de nombreux habitants, ces boutiques ne sont pas seulement des lieux de vente, mais des points de rencontre communautaires, des espaces où se mêlent solidarité et économie circulaire. Leur disparition laisse un vide dans l'espace public, notamment dans les centres-villes où elles animaient la vie locale. Le tabloïd The Sun souligne que la nouvelle de la fermeture a « fait mal » à une partie de la population, attachée à ces enseignes pour leur rôle social autant qu'économique.
Face à cette crise, deux visions s'affrontent. D'un côté, certains médias comme *The Guardian* saluent la « déchéance d'un modèle à bout de souffle », estimant que ces boutiques, malgré leur bonne intention, ne répondent plus aux attentes des consommateurs modernes. De l'autre, des défenseurs de la cause caritative, comme les clients des *charity shops*, regrettent la perte d'un outil essentiel de collecte de fonds pour la recherche médicale et les associations. Oxfam, par exemple, a vu ses revenus chuter, mettant en péril ses missions sociales. Le débat porte ainsi sur la capacité de ces structures à se réinventer ou si leur déclin est inévitable dans un monde où l'économie circulaire passe désormais par le numérique.

