Comment les crottes de manchots accélèrent la fonte des glaces en Antarctique
En fertilisant des microalgues qui assombrissent la neige, le guano des manchots augmente l'absorption de l'énergie solaire et pourrait accélérer la fonte des paysages côtiers antarctiques..
Les manchots, après s'être nourris en mer, déposent sur la neige côtière de l'Antarctique des excréments riches en phosphate et en nutriments, appelés guano. Ce déchet organique agit comme un engrais naturel pour les algues microscopiques présentes dans la neige. Ces algues, en se développant grâce aux nutriments du guano, forment des floraisons denses et verdoyantes. Ce phénomène a été documenté par une étude publiée le 7 octobre 2026 dans le Journal of Geophysical Research: Biogeosciences. Les chercheurs ont observé que les zones où le guano est présent voient une prolifération accrue d'algues vertes, contrairement aux zones où les algues sont dominées par des pigments rouges, qui jouent un rôle protecteur contre le rayonnement solaire.
La neige pure et blanche réfléchit une grande partie du rayonnement solaire, un phénomène appelé effet d'albédo. Cependant, lorsque la neige est colonisée par des algues vertes, elle absorbe environ 40 % d'énergie solaire en plus. Cette absorption accrue de chaleur accélère la fonte de la neige. L'étude précise que ce mécanisme crée un cercle vicieux : plus la neige fond, plus les algues se développent, et plus la fonte s'intensifie. Ce phénomène est particulièrement marqué sur les côtes de la péninsule antarctique occidentale, où les températures augmentent et où les habitats propices aux algues s'étendent.
Le phosphate, un nutriment présent en grande quantité dans le guano, joue un rôle clé dans le développement des algues vertes. Il permet aux algues de produire davantage de chlorophylle, le pigment responsable de la photosynthèse, et d'intensifier ce processus. Les algues restent ainsi plus longtemps vertes et denses, absorbant davantage de chaleur solaire. Les échantillons analysés dans l'étude montrent que les zones dominées par les algues vertes contiennent nettement plus de phosphate que celles où les algues sont rouges. Cette distinction est cruciale pour comprendre l'impact du guano sur la fonte des glaces.
Le réchauffement climatique est le principal déclencheur de ce cercle vicieux. À mesure que les températures augmentent, les habitats propices aux algues de neige s'étendent le long des littoraux antarctiques. Les manchots, dont les populations se déplacent vers le sud en réponse aux changements environnementaux, répandent leurs nutriments sur de nouvelles zones enneigées. Bien que les manchots ne soient pas responsables du réchauffement, leurs excréments amplifient localement ses effets en favorisant la prolifération des algues. Les chercheurs soulignent que ce phénomène mérite d'être intégré dans les modèles climatiques pour mieux évaluer son impact à l'échelle du continent.
Bien que le mécanisme soit désormais documenté, les chercheurs appellent à la prudence. Ils estiment qu'il faut davantage de données de terrain pour quantifier précisément l'ampleur du phénomène et son évolution dans le temps. L'étude souligne la nécessité de mieux comprendre les interactions entre le verdissement de la neige, la température de l'air, l'enneigement et la circulation océanique. Les scientifiques souhaitent également évaluer comment ce phénomène pourrait contribuer à agrandir les zones libres de glace en Antarctique et transformer progressivement certains paysages. À ce stade, le phénomène reste localisé, mais il pourrait s'étendre avec la poursuite du réchauffement climatique.

