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Généraliste

Ces enfants laissés en plan par le système scolaire québécois

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 20 j

Faute de ressources, ils doivent rester à la maison..

Enfants exclus temporairement

En Mauricie et au Centre-du-Québec, des dizaines d'enfants présentant un handicap, une déficience motrice ou intellectuelle, un trouble du spectre de l'autisme (TSA) ou des troubles graves du comportement ont été temporairement ou définitivement exclus de leur école en 2025-2026. Par exemple, Zakaria, 11 ans, souffrant d'une déficience intellectuelle sévère et d'un TSA, a été exclu de son école en avril 2026 après avoir été hospitalisé en décembre 2025. L'école a justifié cette décision par l'absence de ressources suffisantes pour assurer sa sécurité et celle des autres élèves. Les parents de Zakaria ont dû faire face à une situation complexe : d'abord une scolarisation progressive en demi-journées, puis une exclusion totale. Le transport scolaire lui a également été retiré. Les familles concernées se retrouvent souvent sans solution immédiate, ce qui aggrave leur détresse.

Ruptures de service scolaire

Au Québec, une rupture de service désigne une interruption temporaire ou permanente de la scolarisation d'un élève, souvent due à l'absence de ressources adaptées. En 2025-2026, le Centre de services scolaire Chemin-du-Roy a enregistré 38 cas de ruptures de service, dont 12 élèves au secondaire ayant manqué plus de deux mois d'école. Pour neuf de ces élèves, l'interruption est devenue permanente. Au Centre de services scolaire de la Riveraine, 13 élèves ont connu une scolarisation partielle, tandis que neuf autres ont été renvoyés à la maison en attendant une solution. Ces chiffres, obtenus via la loi d'accès à l'information, révèlent une réalité préoccupante : le système scolaire québécois peine à accompagner les élèves aux besoins complexes.

Cadre légal non respecté

La loi sur l'instruction publique du Québec garantit à tous les élèves un accès égal à l'éducation, quels que soient leurs besoins. Cependant, les exclusions temporaires ou permanentes, le retrait du transport scolaire ou d'autres services contredisent cette loi. Violaine Héon, directrice générale du Regroupement d'organismes en DI/TSA de la Mauricie, souligne que ces pratiques sont illégales. Elle rappelle que l'école doit adapter ses services aux besoins spécifiques de chaque élève. Le Protecteur national de l'élève ajoute que ces ruptures doivent rester exceptionnelles et limitées dans le temps. Pourtant, les données montrent que ces situations se multiplient, souvent sans solution de rechange immédiate pour les familles.

Conséquences pour les enfants

L'exclusion scolaire a des répercussions majeures sur les enfants concernés. Zakaria, par exemple, a perdu son réseau social et ses progrès en autonomie et en socialisation. L'école lui permettait de développer des compétences comme attendre son tour, jouer de façon fonctionnelle ou suivre des consignes pendant 15 à 20 minutes. Sans ces apprentissages, les parents, même bien intentionnés, manquent souvent des outils pour compenser. Youssef Sellek, le père de Zakaria, a dû arrêter de travailler pour s'occuper de son fils, ce qui a eu un impact financier. Les enfants exclus risquent aussi une baisse de leur estime de soi, aggravée par l'isolement. Les ressources communautaires, comme la maison Grandi-ose où Zakaria a été temporairement accueilli, offrent un encadrement, mais pas une scolarisation complète.

Ressources insuffisantes

Le manque de ressources adaptées est au cœur du problème. En 2025-2026, le Centre de services scolaire de l'Énergie comptait seulement 38 éducateurs spécialisés pour les classes spécialisées au primaire et 29 au secondaire. Cinq postes étaient directement associés à des groupes ou élèves spécifiques. Ces effectifs sont jugés insuffisants par Violaine Héon, qui souligne que le nombre d'élèves diagnostiqués a augmenté sans que les moyens ne suivent. Le Plan d'intervention (PI), un document personnalisé pour chaque élève à besoins particuliers, existe, mais sa mise en œuvre est souvent compromise par le manque de personnel formé et d'accompagnement. Les psychoéducateurs et orthopédagogues, bien que présents, ne suffisent pas à répondre à la demande.

Facteurs aggravants

Plusieurs facteurs expliquent ces ruptures de service. Le Protecteur national de l'élève en identifie six principaux : la complexité des besoins de l'élève, sa détresse psychologique, les comportements dangereux pour lui ou autrui, le manque de formation du personnel, l'éloignement géographique des écoles spécialisées et le besoin accru de soutien professionnel. Par exemple, un élève dont les crises mettent en danger les autres ou lui-même peut être exclu temporairement. Le manque de coordination entre les écoles et les partenaires du réseau de la santé et des services sociaux (CSSS) aggrave aussi la situation. Ces facteurs montrent que le problème est systémique et nécessite des solutions globales, pas seulement ponctuelles.

Ce que ça pourrait changer

Pour remédier à cette crise, Violaine Héon propose plusieurs pistes. D'abord, renforcer le financement des ressources communautaires pour offrir des solutions d'accueil temporaire aux familles en détresse. Ensuite, repenser le système éducatif québécois pour mieux intégrer les élèves à besoins particuliers. Elle suggère aussi d'améliorer la formation du personnel scolaire et de faciliter la concertation avec les partenaires du réseau de la santé. Le *Protecteur national de l'élève* insiste sur la nécessité de limiter les ruptures de service dans le temps et de garantir un filet de sécurité pour les familles. Ces propositions visent à éviter que des enfants comme Zakaria ne soient laissés sans solution, avec des conséquences durables sur leur développement.

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