Conserver les aliments périssables sans emballages plastiques : où en est-on ?
L’ESSENTIEL Les emballages plastiques représentent plus de 40 % de nos déchets plastiques au niveau mondial. Pour mettre un terme à la pollution plastique et décarboner l’économie, il va falloir apprendre à s’en passer.
Les emballages plastiques représentent plus de 40% des déchets plastiques mondiaux, selon l'article. Ces matériaux, souvent à usage unique, finissent majoritairement incinérés, enfouis ou dispersés dans la nature. Leur persistance est un problème majeur : ils se fragmentent en micro et nanoplastiques qui contaminent les écosystèmes, la chaîne alimentaire et les ressources en eau. De plus, leur fabrication repose sur l'extraction d'énergies fossiles, contribuant directement aux émissions de gaz à effet de serre. La pollution plastique est ainsi devenue un enjeu environnemental et climatique prioritaire, poussant les pouvoirs publics à agir.
En France, la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) impose une sortie progressive du plastique jetable d'ici 2040, avec des étapes intermédiaires strictes. Au niveau européen, le règlement sur les emballages et déchets d'emballages (PPWR) fixe des objectifs contraignants pour 2030 : réduction des déchets, intégration de matières recyclées, interdiction de certains emballages plastiques à usage unique et harmonisation des critères de recyclabilité. Ces mesures visent à accélérer l'innovation et à contraindre les industriels à adopter des alternatives plus durables.
Une denrée périssable est un produit biologique dont la durée de vie est limitée, souvent mesurée en jours ou semaines, comme les viandes, poissons ou produits laitiers. Contrairement aux aliments stables (riz, conserves) ou semi-périssables (pommes de terre), ces produits nécessitent une date limite de consommation (DLC) indiquée par « À consommer jusqu’au… ». Leur altération peut être microbiologique (bactéries, moisissures), chimique (rancissement, brunissement) ou physique (flétrissement). L'emballage doit donc agir comme un bouclier pour protéger l'aliment de ces dégradations et de la contamination extérieure.
Plusieurs matériaux biosourcés ou biodégradables sont étudiés pour remplacer le plastique, mais aucun ne remplit parfaitement toutes les exigences techniques. Le verre, l'acier ou l'aluminium sont recyclables et inertes, mais lourds et émetteurs de CO₂. La cellulose, issue des végétaux, est naturelle et recyclable, mais opaque, sensible à l'humidité et nécessite des traitements chimiques. Des polymères comme l'acide polylactique (PLA) ou les polyhydroxyalcanoates (PHA), issus de bactéries ou d'amidon, offrent une bonne barrière aux gaz et sont transparents, mais fragiles et nécessitent un compostage industriel. Aucun de ces matériaux ne combine toutes les propriétés requises pour une conservation optimale des aliments périssables.
Les termes biosourcé et biodégradable sont souvent confondus, alors qu'ils désignent des propriétés distinctes. Un matériau biosourcé est issu de la biomasse (maïs, canne à sucre, algues) et non du pétrole, mais n'est pas forcément biodégradable. À l'inverse, un matériau biodégradable peut se décomposer sous l'action de microorganismes, mais n'est pas nécessairement biosourcé. Les solutions les plus vertueuses combinent ces deux caractéristiques. Par exemple, certains bioplastiques sont biosourcés mais ne se dégradent que dans des conditions industrielles spécifiques, ce qui limite leur utilité pour le consommateur.
Les consommateurs ont des attentes complexes et parfois contradictoires vis-à-vis des emballages. D'un côté, ils exigent des garanties sur la fin de vie des matériaux, comme des emballages compostables à domicile, mais de l'autre, ils refusent les solutions opaques qui empêchent de vérifier l'état de fraîcheur des aliments avant achat. De plus, en période d'inflation, ils sont sensibles au prix et refusent une réduction de la durée de conservation des produits. Enfin, ils ne veulent pas assumer le surcoût des alternatives écologiques. Ces contradictions rendent difficile l'adoption massive de solutions sans plastique, malgré leur nécessité environnementale.
Des recherches innovantes explorent des matériaux comme le fructane, issu des racines d'endives, ou des enrobages à base de protéines et de cires végétales pour améliorer l'étanchéité des emballages biosourcés. Cependant, ces solutions restent en phase de développement et présentent encore des limites, comme une migration trop importante de molécules de l'emballage vers l'aliment. Les scientifiques soulignent la nécessité de poursuivre les travaux pour trouver un matériau qui allie performance technique, respect de la législation et acceptabilité par le grand public. La transition vers des alternatives sans plastique dépendra de cette adéquation.

