Un oubli nommé Montréal
L’essor du Québec est indissociable de celui de la métropole, un enjeu occulté par les chefs..
Lors des élections québécoises de 2024, les chefs des cinq principaux partis ont largement ignoré la métropole montréalaise dans leurs déplacements électoraux. Selon une analyse du Devoir, Québec a reçu 43 visites des chefs, contre seulement 21 pour Montréal, alors que cette dernière concentre 4,6 millions d'habitants, soit la moitié de la population du Québec, et génère plus de la moitié du PIB provincial. Québec solidaire (QS) fait exception avec la moitié de ses visites à Montréal, reflétant la concentration de ses appuis dans la métropole. Les autres partis, comme la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ), privilégient des régions comme la Rive-Sud de Québec ou l'est de l'île de Montréal, où leurs chances de gagner des sièges sont plus élevées. Cette stratégie électorale révèle un déséquilibre dans la représentation des priorités régionales.
Malgré son importance économique et démographique, Montréal fait face à des défis majeurs comme les transports collectifs, l'itinérance, le logement abordable, la santé mentale et les dépendances. La mairesse Soraya Martinez Ferrada a souligné que la métropole a investi davantage que le gouvernement québécois dans ces domaines, mais que les solutions dépendent souvent des ressources provinciales. Par exemple, les infrastructures de transport collectif sont en mauvais état et leur expansion est insuffisante, tandis que des camps d'itinérance comme celui de Notre-Dame, où un bambin d'un an a été découvert, illustrent l'urgence de la situation. Les partis promettent des milliards de dollars pour résoudre ces crises, mais sans préciser comment financer ces mesures ni augmenter les impôts, ce qui soulève des questions sur la faisabilité de leurs engagements.
Les partis proposent des solutions pour Montréal, mais leurs annonces manquent de clarté et de cohérence. Le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) misent sur l'extension du REM (Réseau express métropolitain), un projet de transport en commun automatisé, jusqu'à Repentigny, tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) souhaite d'abord un consensus sur le mode de transport (REM ou tramway). Québec solidaire (QS) promet un projet structurant et la remise en état du métro. Cependant, ces propositions ne répondent pas aux questions sur le financement, les échéances ou l'implication de Montréal dans les décisions. Les partis semblent plus préoccupés par des calculs électoraux que par une stratégie globale pour la métropole.
La mairesse Soraya Martinez Ferrada a demandé aux partis de réinstaurer un « réflexe Montréal » dans leurs priorités, soulignant que la métropole est souvent ignorée ou parlée pour ou contre elle, mais rarement avec elle. Elle a rappelé que l'essor du Québec est indissociable de celui de Montréal, une métropole culturelle et économique essentielle. Pourtant, les partis continuent de négliger sa voix dans les décisions, préférant se concentrer sur des régions perçues comme plus stratégiques. Cette situation illustre un déséquilibre où les besoins de la métropole, qui concentre la moitié du PIB du Québec, sont relégués au second plan au profit d'autres priorités régionales.
Les crises de l'itinérance et du logement abordable ont été mises en lumière par des événements comme la découverte d'un enfant dans un campement à Montréal. Les partis promettent des centaines de millions de dollars et des stratégies pour y répondre, mais sans augmenter les impôts ni creuser le déficit du Québec. La crise de l'itinérance justifie depuis longtemps la tenue d'un sommet, une idée portée par l'ex-première ministre Pauline Marois. Le gouvernement caquiste a tardé à reconnaître que des mesures ponctuelles ne suffisent pas et qu'une stratégie concertée est nécessaire. Ces enjeux montrent que les solutions ne peuvent pas être locales, mais doivent impliquer une coordination entre Montréal et le gouvernement provincial.

