Normes sur les barrages : des « zones d’ombre », reconnaît le ministre Joël Lightbound
Les nouvelles normes de protection des poissons pourraient avoir des impacts financiers sur les barrages..
Le gouvernement fédéral canadien, par l'intermédiaire de Pêches et Océans Canada, a récemment publié de nouvelles réglementations visant à protéger les populations de poissons près des barrages et des centrales hydroélectriques. Ces normes, entrées en vigueur en octobre 2026, imposent des règles strictes pour limiter la mortalité des poissons, notamment lors de leur passage dans les turbines des centrales ou en raison des variations brutales de débit des réservoirs. Par exemple, les exploitants devront adapter les débits des barrages pendant les périodes de reproduction des poissons, comme en octobre pour l'omble de fontaine ou près des barrages du lac Saint-Jean pour le doré. Ces mesures visent à préserver les écosystèmes aquatiques, mais elles pourraient entraîner des coûts financiers importants pour les entreprises concernées.
Les nouvelles normes ont suscité des réactions contrastées. D'un côté, des acteurs comme Rémi Aubin, président de l'organisme Promotion Pêche et pêcheur au Saguenay–Lac-Saint-Jean, saluent ces mesures. Pour lui, elles permettront une meilleure gestion des débits et une protection accrue des poissons, notamment pendant leurs périodes de reproduction. De l'autre côté, des entreprises comme Hydro-Québec, Rio Tinto et Domtar, ainsi que des députés comme Mario Simard (Bloc québécois), expriment des inquiétudes. Simard estime que ces règles pourraient être irréalistes et avoir un impact financier majeur, voire des milliards de dollars d'investissements pour les propriétaires de barrages. Le ministre libéral Joël Lightbound, quant à lui, reconnaît que le cadre réglementaire comporte des zones d'ombre et doit être clarifié, tout en encourageant les discussions entre les parties prenantes.
Les nouvelles normes fédérales pourraient entraîner des dépenses colossales pour les entreprises exploitant des barrages et des centrales hydroélectriques. Selon les estimations, des milliards de dollars pourraient devoir être investis pour se conformer aux exigences, comme l'installation de systèmes de protection des poissons ou l'adaptation des infrastructures existantes. Ces coûts pourraient peser sur la rentabilité des projets hydroélectriques, surtout dans une région comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean, où l'hydroélectricité est une activité économique majeure. Les entreprises concernées craignent que ces investissements ne compromettent leur capacité à maintenir la production d'électricité tout en respectant les nouvelles règles.
Le ministre Joël Lightbound, lieutenant du Québec dans le gouvernement fédéral, a reconnu que les nouvelles normes comportent des ambiguïtés dans leur interprétation et leur application. Lors d'une conférence de presse, il a souligné que des consultations ont déjà eu lieu, mais qu'il est nécessaire de poursuivre les discussions pour clarifier le cadre réglementaire et ses impacts. Lightbound a appelé Pêches et Océans Canada, Hydro-Québec et les autres producteurs à collaborer pour trouver des solutions équilibrées. Il a également laissé entendre que le gouvernement pourrait ajuster sa position après avoir pris connaissance des retours des acteurs concernés, évoquant une possible évolution de la situation.
Mario Simard, député bloquiste et porte-parole en matière de Ressources naturelles, estime que le gouvernement fédéral pourrait reculer sur ces normes une fois qu'il aura pleinement mesuré leurs conséquences. Selon lui, les mesures auraient été mises en place sans une consultation suffisante des acteurs locaux, notamment ceux directement impactés comme les entreprises hydroélectriques. Simard suggère que le bureau du premier ministre pourrait revoir sa copie pour proposer des règles plus applicables, en intégrant davantage les retours des parties prenantes. Cette position reflète les tensions entre les objectifs environnementaux du gouvernement fédéral et les réalités économiques des régions concernées.

