Un oubli nommé Montréal
Alors que les élections québécoises approchent, la métropole montréalaise, qui concentre plus de la moitié de la population et du PIB de la province, semble avoir été systématiquement négligée par les chefs des principaux partis. Ce déséquilibre dans la campagne électorale interroge sur la vision stratégique des formations politiques, entre calcul électoral et déni de la réalité métropolitaine, pourtant indissociable de l’avenir du Québec.
Quels éléments montrent que Montréal a été sous-représentée dans les déplacements des chefs pendant la campagne électorale ?
Les chefs ont effectué 43 visites à Québec contre seulement 21 à Montréal, selon une compilation du Devoir. Québec solidaire (QS) fait exception avec la moitié de ses déplacements concentrés dans la métropole, où se trouve une partie importante de son électorat. Ce déséquilibre reflète une priorité accordée à d’autres régions, notamment la Rive-Sud de Québec, jugées plus stratégiques pour obtenir des sièges à l’Assemblée nationale.
Quels enjeux montréalais ont été ignorés ou traités de manière superficielle par les partis politiques ?
Les crises persistantes en transport collectif, itinérance, logement abordable, santé mentale et dépendances ont été à peine effleurées par les chefs. Malgré des promesses de financement et de plans, les annonces restent floues sur les échéances, le financement réel et la place de Montréal dans les décisions. La mairesse Soraya Martinez Ferrada a souligné que les contribuables montréalais compensent régulièrement l’absence de ressources du gouvernement du Québec, sans que cela ne suscite de réponses concrètes.
Pourquoi la question du transport collectif à Montréal illustre-t-elle le désintérêt des partis pour la métropole ?
Les propositions des partis sur l’expansion du réseau de transport collectif à Montréal sont soit incomplètes, soit contradictoires. La CAQ et le PQ misent sur des prolongements du REM vers Repentigny, tandis que le PLQ propose une étude de consensus sur le mode de transport. QS promet un projet structurant, mais sans préciser de modalités claires. Aucune formation ne semble prête à assumer un leadership clair ou à financer des solutions à la hauteur des besoins, alors que le déficit d’entretien des infrastructures s’aggrave.
Quel rôle la mairesse de Montréal a-t-elle joué pour tenter de recentrer le débat sur les enjeux métropolitains ?
Dès le début de la campagne, Soraya Martinez Ferrada a appelé les partis à réinstaurer un « réflexe Montréal » dans leurs priorités, soulignant que la métropole ne peut plus être traitée comme un parent pauvre. Elle a critiqué l’absence de vision globale de la part du gouvernement, notamment sur des dossiers comme le logement abordable ou l’itinérance, où les solutions dépendent largement des décisions provinciales. Son intervention est restée largement sans écho dans les propositions des partis.
Ce que ça pourrait changer
Si cette tendance se confirme après les élections, Montréal pourrait voir ses besoins structurels encore plus marginalisés, au détriment de sa capacité à jouer son rôle de moteur économique et culturel pour le Québec. Une telle situation risquerait d’aggraver les inégalités territoriales et de creuser l’écart entre la métropole et les régions, alors que leur interdépendance est pourtant évidente. À l’inverse, une prise de conscience politique pourrait conduire à une refonte des priorités, mais cela supposerait un changement de paradigme dans la gestion des affaires publiques.

