Phytoplancton : des blooms en plein boom
Cet été, des plages de Bretagne et du pays basque ont été fermées en raison des microalgues présentes dans l’eau. Ce phénomène, récurrent depuis quelques années en France, est-il uniquement dû au changement climatique ? Et comment travaillent les chercheurs pour mieux les surveiller et les prévoir ?.
Le phytoplancton désigne un ensemble d'organismes microscopiques, principalement des microalgues et des cyanobactéries, qui vivent en suspension dans les eaux marines ou douces. Ces organismes, invisibles à l'œil nu, jouent un rôle écologique majeur car ils réalisent la photosynthèse, un processus qui transforme le dioxyde de carbone (CO₂) en matière organique grâce à l'énergie solaire. À l'échelle mondiale, environ 45 % de la production primaire nette de matière organique issue de la photosynthèse provient du phytoplancton marin. Leur prolifération excessive, appelée bloom ou efflorescence, peut avoir des conséquences sanitaires et environnementales importantes. Les scientifiques distinguent deux grands groupes : les microalgues, comme les diatomées ou les dinoflagellés, et les cyanobactéries, souvent responsables de toxines dangereuses pour l'homme et les écosystèmes.
Les blooms de phytoplancton sont des phénomènes naturels, mais leur fréquence et leur intensité ont augmenté ces dernières années en raison de deux facteurs principaux. D'une part, le réchauffement climatique entraîne une hausse des températures des eaux, ce qui favorise la croissance de certaines espèces de phytoplancton. D'autre part, les activités humaines, comme l'agriculture intensive ou les rejets d'eaux usées, enrichissent les milieux aquatiques en nutriments (azote, phosphore), servant de nourriture aux microalgues. En Bretagne et au Pays basque, ces efflorescences ont conduit à des fermetures de plages cet été, en raison de la présence de toxines dans l'eau ou les coquillages. Les chercheurs, comme Cécile Bernard (Muséum National d'Histoire Naturelle) et Nicolas Chomérat (Ifremer), soulignent que ces proliférations peuvent aussi être liées à des déséquilibres écologiques plus larges.
Les blooms de phytoplancton peuvent avoir des impacts directs sur la santé humaine. Certaines espèces, comme les dinoflagellés du genre Alexandrium, produisent des phycotoxines (toxines naturelles) qui contaminent les coquillages (moules, huîtres, palourdes) et rendent leur consommation dangereuse. En cas d'ingestion, ces toxines provoquent des symptômes allant de troubles digestifs à des paralysies, voire des décès dans les cas les plus graves. Les autorités sanitaires ferment alors les zones de pêche et de baignade, comme cela a été le cas en Bretagne et au Pays basque. Les chercheurs estiment que ces épisodes toxiques pourraient se multiplier avec le changement climatique, posant un défi de surveillance accrue pour les institutions comme l'Ifremer ou les agences régionales de santé.
Les efflorescences de phytoplancton ont des répercussions économiques significatives, notamment pour les secteurs de la pêche et du tourisme. Les fermetures de plages et d'aires de pêche entraînent des pertes financières pour les professionnels locaux, comme les ostréiculteurs ou les restaurants de fruits de mer. Par exemple, une étude de l'Ifremer estime que les blooms toxiques coûtent plusieurs millions d'euros par an à l'économie française, en raison des pertes de production et des coûts de surveillance. Les chercheurs travaillent donc à améliorer les modèles de prévision pour limiter ces impacts, en collaboration avec les acteurs locaux et les pouvoirs publics.
Pour mieux comprendre et anticiper ces phénomènes, les scientifiques comme Cécile Bernard et Nicolas Chomérat mènent des recherches en écotoxicologie (étude des effets des polluants sur les écosystèmes) et en taxonomie (classification des espèces). Leur travail consiste à identifier les espèces de phytoplancton présentes, à analyser leur toxicité et à étudier les conditions environnementales favorisant leur prolifération. L'Ifremer, par exemple, surveille en temps réel les blooms grâce à des réseaux de capteurs et des prélèvements d'eau. Ces données permettent d'émettre des alertes précoces et d'adapter les mesures de gestion. Les chercheurs soulignent aussi l'importance de réduire les rejets de nutriments dans les milieux aquatiques pour limiter ces efflorescences.
Face à l'augmentation des blooms, plusieurs pistes sont explorées pour limiter leurs impacts. La première consiste à réduire les apports en nutriments dans les eaux, notamment en améliorant le traitement des eaux usées et en limitant l'usage des engrais agricoles. Des programmes de surveillance renforcée, comme ceux menés par l'Ifremer ou le Muséum National d'Histoire Naturelle, permettent de suivre l'évolution des populations de phytoplancton et d'anticiper les risques. Par ailleurs, des recherches sont en cours pour développer des méthodes de détection précoce, comme l'analyse génétique des échantillons d'eau. Enfin, des initiatives visent à sensibiliser le public et les professionnels aux enjeux liés à ces microalgues, afin de mieux gérer les crises sanitaires et environnementales.

