Le paysage vu depuis la géographie critique : moins contemplatif, moins patrimonial
Le thème du Festival international de géographie qui a lieu à Saint-Dié-des-Vosges du 2 au 4 octobre 2026, a pour thème le paysage. Une notion, un outil, une construction sociale et politique, un contexte et une relation, quand on dénaturalise le terme depuis la géographie critique et la didactique..
Le Festival international de géographie, qui se déroule à Saint-Dié-des-Vosges du 2 au 4 octobre 2026, a choisi comme thème central le paysage. Cet événement met en lumière cette notion non seulement comme un simple décor naturel, mais aussi comme un outil de compréhension des sociétés, une construction sociale et politique, ainsi qu’un contexte et une relation entre les humains et leur environnement. La géographie critique, une approche qui analyse les rapports de pouvoir et les inégalités dans l’espace, permet de dénaturaliser le paysage, c’est-à-dire de montrer qu’il n’est pas un donné immuable, mais le résultat de choix, d’histoires et de conflits. La didactique, quant à elle, étudie les méthodes pour enseigner ces concepts.
Plusieurs livres récents explorent le paysage sous un angle critique et pédagogique. Parmi eux, Au sommet, issu de la thèse de Léa Sallenave, est publié à l’automne 2026 aux éditions Métis. Un collectif de chercheurs en didactique du paysage (une discipline qui étudie comment enseigner le paysage) a également publié Avec le paysage. Des mots pour apprendre et enseigner en 2024, ainsi que Dans le paysage en 2026, tous deux dirigés par Léa Sallenave, Anne Sgard et Sandrine Billeau. Ces ouvrages proposent des réflexions sur la manière d’aborder le paysage en classe ou dans la recherche, en insistant sur son caractère construit et non neutre. À Genève, un écosystème universitaire travaille spécifiquement sur ce sujet, avec un portail dédié accessible en ligne.
Martin de la Soudière, ethnologue français décédé en 2023, a consacré une grande partie de sa carrière à étudier la relation entre les humains et les paysages. Ses travaux, souvent basés sur des terrains (des enquêtes de terrain réalisées sur le long terme), ont été redécouverts grâce à la réédition en 2024 du Cahier vert, un journal de terrain des années 1970, publié aux éditions du CNRS. Ses livres Arpenter le paysage et Par Monts et par vaux sont aujourd’hui disponibles en format poche. Une Nuit spéciale lui a été consacrée sur France Culture en 2011, où il partageait ses réflexions sur des paysages comme la Margeride, en compagnie d’autres chercheurs comme François Teste et Laurent Le Gall. Ses échanges avec le climatologue Jean Jouzel, lauréat du prix Nobel, illustrent aussi l’interdisciplinarité de ses travaux.
La géographie critique propose une vision du paysage qui se distingue de l’approche contemplative ou patrimoniale traditionnelle. Traditionnellement, le paysage était perçu comme un objet esthétique à admirer ou à préserver pour son caractère historique ou culturel, comme un tableau ou un monument. La géographie critique, en revanche, le considère comme un espace de pouvoir, façonné par des rapports de domination (économiques, politiques, sociaux) et des inégalités. Par exemple, un paysage de montagne peut être valorisé pour son aspect sauvage, alors que son accès est réservé à une élite touristique. Cette approche invite à questionner qui bénéficie de la beauté d’un paysage et qui en est exclu, ainsi que les choix qui ont conduit à sa formation.
La *didactique du paysage* cherche à transformer la manière dont le paysage est enseigné, en passant d’une vision passive (l’étudiant comme spectateur) à une vision active (l’étudiant comme acteur). Les ouvrages comme *Avec le paysage* ou *Dans le paysage* proposent des méthodes pour apprendre à *dénaturaliser* le paysage, c’est-à-dire à comprendre qu’il est le produit de processus historiques, économiques et politiques. Par exemple, un champ de blé peut être vu comme un simple paysage rural, mais aussi comme le résultat de politiques agricoles, de migrations de travailleurs ou de changements climatiques. Cette approche pédagogique encourage les élèves à poser des questions critiques sur leur environnement et à en déconstruire les apparences.

