Anaïs Barbeau-Lavalette insuffle la fougue de Pauline Julien au grand écran
L'icône de la chanson québécoise revit dans le film Pauline Julien : Femme pays, à l'affiche ce vendredi..
Le film Pauline Julien : Femme pays, réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette, sort au cinéma le vendredi 13 octobre. Il retrace la vie de Pauline Julien, icône de la chanson québécoise et figure majeure de la Révolution tranquille, période de profondes transformations sociales et politiques au Québec dans les années 1960. Interprétée par Suzanne Clément, Pauline Julien y est représentée comme une femme libre, engagée et vibrante, loin du portrait statique d’une héroïne intouchable. Le film explore sa personnalité complexe, mêlant fougue, vulnérabilité et authenticité. Pauline Julien, née en 1928 et décédée en 1998, était connue pour des chansons engagées comme L’âme à la tendresse et son refus de chanter pour la reine Élisabeth II en 1964, un acte de souveraineté politique. Elle a aussi été une figure féministe et une militante pour la souveraineté du Québec.
Contrairement aux biopics traditionnels, qui suivent une chronologie linéaire, Pauline Julien : Femme pays adopte une structure éclatée et non linéaire. Anaïs Barbeau-Lavalette et Véronique Côté, coscénaristes, ont choisi cette forme pour refléter la personnalité libre et imprévisible de Pauline Julien. Le film alterne entre des événements marquants de sa vie, comme son refus de chanter pour la reine Élisabeth II en 1964, la crise d’Octobre 1970 ou son suicide en 1998 face à l’aphasie, et des moments plus intimes, comme sa relation avec son compagnon Gérald Godin ou sa vie de mère. Cette approche, comparée à des taches de peinture sur une toile automatiste, permet de capturer l’essence d’une femme dont la vie était faite de contrastes : puissance et doute, engagement et vulnérabilité. L’automatisme est un mouvement artistique québécois des années 1940-1950, centré sur l’expression spontanée et l’inconscient.
Le film met en lumière la dualité profonde de Pauline Julien, à la fois lionne sur scène et femme terrifiée avant les performances. Véronique Côté, coscénariste et actrice, souligne que cette vulnérabilité renforce la puissance de l’artiste. Le scénario évite de présenter Pauline Julien comme un mythe intouchable, préférant montrer ses imperfections, ses choix difficiles et leurs conséquences. Par exemple, ses absences répétées auprès de ses enfants, incarnés par Alexa-Jeanne Dubé, ont laissé des traces. Le film aborde aussi la relation tumultueuse avec Gérald Godin, joué par Patrice Dubois, en soulignant leur audace et leur refus de l’irréprochabilité. Gérald Godin était un poète et homme politique québécois, connu pour son engagement souverainiste et son rôle dans la Révolution tranquille. Leur parcours illustre une époque plus audacieuse que la nôtre, où le risque était assumé au quotidien.
Anaïs Barbeau-Lavalette et Véronique Côté expliquent que Pauline Julien reste une figure moderne, dont les combats – liberté, féminisme, souveraineté – résonnent encore aujourd’hui. Le film, initialement intitulé Nous sommes Pauline, vise à créer un miroir où le public peut se reconnaître. Véronique Côté estime que les spectateurs diront : « mais oui, je suis fait de ça, je suis fabriquée de cette femme-là ». Pauline Julien est décrite comme une défricheuse : dans la chanson, la parole politique, le féminisme et les relations intimes. Son parcours, marqué par des choix radicaux comme son suicide en 1998 pour conserver sa dignité face à la maladie, continue d’inspirer. Le film sort dans un contexte où les questions de souveraineté et d’autonomie personnelle restent d’actualité au Québec et ailleurs.
Anaïs Barbeau-Lavalette, réalisatrice et coscénariste, a coécrit le film avec Véronique Côté, dramaturge et metteuse en scène. Les deux femmes partagent un engagement militant, ayant bloqué un train à Rouyn-Noranda en 2023 avec le mouvement *Mères au front* pour dénoncer la pollution industrielle. Leur collaboration sur ce projet marque une première. Suzanne Clément, connue pour ses rôles dans *Mommy* ou *Les Amours imaginaires*, incarne Pauline Julien, tandis que Patrice Dubois joue Gérald Godin. Le film est produit par Axia Films et s’inscrit dans la filmographie d’Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a réalisé cinq longs-métrages, dont *La Déesse des mouches à feu* et *Chien blanc*. Le titre *Femme pays* évoque à la fois le Québec (*pays*) et l’identité féminine de Pauline Julien, une femme profondément ancrée dans son époque et son territoire.

