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Géopolitique

Faut-il être absolument honnête ?

Courrier International · mis à jour il y a 20 j

Comment éradiquer les mensonges du quotidien pour se sentir plus libre ? En 2022, le journaliste allemand Fabian Herriger se penchait dans “Zeit Magazin” sur la question de l’honnêteté. Un texte traduit et publié dans notre rubrique “La pilule philosophique” : chaque semaine, “Courrier international” vous y propose un billet qui soulève des interrogations sur notre condition moderne..

L’honnêteté radicale

L’honnêteté radicale est un concept développé par le psychothérapeute américain Brad Blanton dans son livre publié en 1995. Selon lui, le mensonge est à l’origine de stress, de souffrances physiques et mentales, voire de maladies, de dépressions ou de conflits sociaux. À l’inverse, une vie basée sur une honnêteté absolue permettrait d’accroître la confiance en soi, de renforcer les relations humaines et d’atteindre un bonheur durable. Blanton propose une approche où l’individu exprime sans filtre ses perceptions, émotions et besoins, en distinguant clairement les faits de leurs interprétations. Par exemple, dire « Je suis en colère » plutôt que « Tu m’as énervé » pour éviter de juger directement autrui. Cette méthode coûteuse (500 $/470 € pour une heure de consultation avec Blanton) est enseignée via des ateliers en Europe et aux États-Unis, notamment en Allemagne, où des formateurs comme Anna Haas dispensent des cours pour apprendre à pratiquer cette honnêteté au quotidien.

Les mensonges du quotidien

L’auteur de l’article reconnaît avoir menti toute sa vie, comme la plupart des gens, par habitude sociale ou pour éviter de froisser autrui. Ces mensonges, souvent anodins, prennent plusieurs formes : dire à sa mère qu’on va bien alors qu’on est triste pour ne pas l’inquiéter, feindre la joie à l’anniversaire d’un proche pour une cadeau peu utile, ou taire ses besoins par peur du conflit. L’article cite des exemples concrets comme l’excuse inventée pour éviter un appel téléphonique ou la dissimulation d’un sentiment de dégoût face à un présent reçu. Ces petits mensonges, bien que courants, génèrent une mauvaise conscience et un stress accru, car ils obligent à maintenir une façade et à gérer des non-dits. Le texte souligne que cette accumulation de non-expressions peut peser sur la santé mentale.

Les racines du mensonge

Selon Anna Haas, formatrice en honnêteté radicale, le mensonge trouve sa source dans un désir profond d’être aimé et accepté. Les individus mentent par politesse ou par peur de blesser, mais ces comportements créent des situations embarrassantes et stressantes. Par exemple, taire une critique par peur de la réaction de l’autre peut mener à des conflits non résolus ou à une accumulation de ressentiment. Haas propose une alternative : exprimer ses inquiétudes ouvertement, même si cela dérange, en formulant des phrases comme « J’ai peur que tu ne m’aimes plus si je te dis ça, mais… ». Cette approche vise à désamorcer les tensions et à établir des relations plus authentiques, où les conflits peuvent être abordés directement plutôt que laissés en suspens.

Premières tentatives d’honnêteté

L’auteur tente d’appliquer l’honnêteté radicale dans sa vie, mais rencontre des difficultés. Il évite d’abord d’être franc avec un ami, Benni, par peur de le blesser ou de créer un malaise, malgré une mauvaise conscience persistante. Il ment également à sa mère en déclinant une invitation familiale pour éviter un déplacement, ce qui le soulage temporairement. Avec sa compagne, il adopte une honnêteté inhabituelle en répondant franchement à des questions personnelles, ce qui déclenche des discussions intenses, parfois accompagnées de larmes, mais aussi un sentiment de libération. Ces expériences montrent que l’honnêteté, même imparfaite, peut apporter un soulagement, mais aussi générer du stress lorsque les attentes ne sont pas satisfaites.

L’honnêteté comme produit de consommation

L’auteur remet en question l’honnêteté radicale en la situant dans un contexte plus large : celui d’une société capitaliste où les individus cherchent constamment à s’optimiser. Il évoque la pression de devoir être performant dans tous les domaines (sport, alimentation, productivité) et note que l’honnêteté est parfois présentée comme une solution miracle parmi d’autres (yoga, jeûne intermittent, coaching). Cette vision commerciale de l’honnêteté radicale peut ajouter une pression supplémentaire, transformant une démarche personnelle en obligation sociale. L’auteur souligne que cette approche, bien que libératrice pour certains, peut aussi devenir une source de stress si elle est perçue comme une nouvelle norme à respecter.

Ce que ça pourrait changer

Après plusieurs échecs, l’auteur parvient enfin à être honnête avec Benni lors d’un rendez-vous dans un bar de Berlin. Il avoue sa mauvaise conscience quant à leur amitié, ce qui surprend Benni : celui-ci révèle avoir ressenti la même chose de son côté. Cette franchise inattendue crée un dialogue authentique et une libération pour les deux hommes, qui conviennent que leur amitié, bien que peu conventionnelle, leur convient telle qu’elle est. L’auteur en conclut que l’honnêteté radicale, bien que déstabilisante, peut mener à des échanges plus profonds et à une meilleure compréhension mutuelle. Il décide alors de renouer activement avec Benni en lui proposant un rendez-vous, cette fois avec une honnêteté assumée.

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