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Greenwashing de type II : quand les entreprises exagèrent l’impact écologique de leurs actions

The Conversation France · mis à jour il y a 14 h

L’ESSENTIEL Une entreprise peut dire vrai sur les actions qu’elle mène en faveur de l’environnement… et pourtant pratiquer le greenwashing. Un greenwashing de type II existe.

Définition du greenwashing

Le greenwashing, ou écoblanchiment, désigne une communication qui donne une image trop favorable de la performance environnementale d'une entreprise. Il existe deux types principaux : le type I, où l'entreprise exagère l'ampleur de ses actions écologiques, et le type II, plus subtil, où elle présente une mesure comme plus bénéfique pour l'environnement qu'elle ne l'est réellement. Par exemple, une entreprise peut affirmer utiliser des biocarburants (carburants issus de matières organiques) en les qualifiant de durables, alors que leur impact réel sur la réduction des émissions de CO₂ reste limité et que leur déploiement à grande échelle est impossible à court terme. Contrairement au type I, le type II ne trompe pas sur la quantité d'actions menées, mais sur leur efficacité réelle à atteindre un objectif de durabilité.

Origines et contexte

Depuis les années 1990, les entreprises communiquent davantage sur leurs engagements environnementaux sous la pression des pouvoirs publics, des ONG, des investisseurs et du public. Les normes de communication sont devenues plus strictes, poussant les entreprises à publier plus de données, parfois vérifiées par des tiers. Pourtant, malgré ces avancées, une forme de greenwashing persiste, notamment le type II, qui reste méconnue et insuffisamment combattue par les législateurs. En 2022, 74 % des 250 plus grandes entreprises mondiales déclaraient agir en faveur des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, mais leur utilisation de ces objectifs est souvent superficielle et ne reflète pas une réelle ambition écologique.

Mécanismes du type II

Le greenwashing de type II repose sur des procédés discursifs qui donnent l'illusion que certaines mesures contribuent à la durabilité, alors qu'elles ne font qu'atténuer les effets négatifs des activités de l'entreprise. Par exemple, dans le secteur de l'aviation, le terme carburant d'aviation durable (sustainable aviation fuel ou SAF) est utilisé pour désigner des biocarburants, bien que leur production reste marginale et leur impact limité. De même, dans la finance, l'expression finance durable est souvent employée pour désigner des pratiques qui ne correspondent pas à l'ambition suggérée par ce terme. Ces abus affaiblissent la notion de durabilité, qui implique une transformation profonde des systèmes pour préserver les écosystèmes sur le long terme.

Rôle des ODD dans le greenwashing

Les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies sont souvent mentionnés dans les rapports de responsabilité sociétale des entreprises. Cependant, leur utilisation relève fréquemment du greenwashing de type II. Les entreprises ne les traitent pas comme des objectifs globaux à atteindre, mais comme des catégories thématiques pour classer leurs actions environnementales, souvent après coup. Par exemple, une entreprise peut déclarer contribuer à l'ODD 13 (Action pour le climat) en réduisant légèrement ses émissions, sans pour autant aligner sa stratégie globale sur une réduction drastique des émissions de CO₂. Cette approche laxiste dilue la portée des ODD et donne une fausse impression de progrès.

Conséquences et enjeux

Le greenwashing de type II retarde la prise de conscience de l'urgence écologique en donnant l'illusion que des mesures limitées suffisent à résoudre des problèmes systémiques. Par exemple, dans le secteur de l'aviation, l'idée que le remplacement du kérosène par des biocarburants pourrait résoudre la crise climatique est trompeuse, car ces carburants ne représentent qu'une infime partie du problème et ne permettent pas de compenser la croissance prévue du trafic aérien. Cette illusion de solution réconforte les acteurs économiques et le public, mais elle empêche une réflexion sur les changements structurels nécessaires pour atteindre une réelle durabilité.

Cadre juridique actuel

La directive européenne de 2024 sur le greenwashing, transposée en droit national le 27 septembre 2026, interdit certaines allégations environnementales génériques comme respectueux de l'environnement, vert ou écologique si elles ne correspondent pas à une performance environnementale excellente. Cette mesure vise à limiter les exagérations sur l'impact des actions des entreprises. Cependant, la directive ne mentionne pas explicitement la notion de durabilité, pourtant centrale dans les discours des entreprises, et n'encadre pas suffisamment son utilisation. Les dispositifs juridiques actuels restent donc incomplets pour lutter contre le greenwashing de type II.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs peuvent contribuer à combattre le greenwashing de type II. Les médias, les ONG et les pouvoirs publics ont un rôle à jouer en sensibilisant le public et en critiquant les discours trompeurs. En 2025, l'*Agence de la transition écologique* (Ademe) a publié un guide anti-greenwashing invitant à bannir les promesses environnementales excessives et les discours exagérant la portée des actions. Les universités et écoles de commerce ont également un rôle clé en formant les futurs professionnels à une lecture critique des termes comme *durable* ou *écologique*. Cependant, les recommandations actuelles, comme accompagner ces termes de précautions langagières (*contribue à*), restent jugées insuffisantes par les auteurs de l'article.

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