En Nouvelle-Zélande, la réforme de l’éducation risque-t-elle de creuser les écarts entre élèves ?
En Nouvelle-Zélande, le défi des réformes scolaires est d’améliorer les résultats tout en répondant aux besoins des élèves les plus vulnérables. Herryssnt/Shutterstock.com L’ESSENTIEL La Nouvelle-Zélande réforme son système scolaire, au risque de creuser les difficultés des élèves les plus vulnérables.
La Nouvelle-Zélande (NZ) mène sa plus grande réforme éducative depuis des décennies, avec de nouveaux programmes scolaires, une refonte des diplômes et une évaluation renforcée des établissements. Ces changements visent à améliorer les résultats globaux, mais ils pourraient aussi aggraver les difficultés des élèves les plus vulnérables. Par exemple, le nombre d’élèves scolarisés hors du système ordinaire a doublé en dix ans, atteignant près de 15 000 élèves. Parmi eux, plus de 9 000 suivent un enseignement à distance via Te Kura (équivalent néo-zélandais du Cned), souvent pour des raisons liées à leur bien-être ou à leur engagement scolaire. Les charter schools (écoles sous contrat) ont vu leurs effectifs augmenter de 200 % en quelques années. L’organisme public Education Review Office (ERO), chargé d’évaluer le système éducatif, a récemment alerté sur l’incapacité du pays à répondre aux besoins de ces élèves dans les structures alternatives.
L’enseignement alternatif, qui regroupe les structures non traditionnelles comme les écoles à distance ou les charter schools, connaît une croissance marquée en NZ. En 2024, près de 15 000 élèves y sont inscrits, contre 7 500 il y a dix ans. Cette tendance n’est pas unique à la NZ : l’Angleterre a vu ses effectifs dans ces structures augmenter de 156 % entre 2017 et 2025, tandis qu’aux États-Unis, les charter schools sont passées de 2,7 à 3,9 millions d’élèves entre 2014 et 2024. En Australie, environ 70 000 élèves sont scolarisés dans des structures alternatives, un chiffre qui a presque triplé entre 2014 et 2022. Ces données révèlent un problème récurrent : lorsque les systèmes éducatifs traditionnels ne parviennent pas à accompagner les élèves en difficulté, ces derniers se tournent vers des alternatives, souvent moins encadrées et moins financées.
Les réformes néo-zélandaises pourraient creuser les écarts entre élèves, notamment pour les plus vulnérables. Les nouveaux programmes, centrés sur l’acquisition de connaissances, risquent de réduire le choix des matières et de moins s’adapter aux besoins individuels. Des baisses de résultats ont déjà été observées dans certaines matières, comme les mathématiques. De plus, la transition vers un nouveau diplôme de fin d’études secondaires, le National Certificate of Educational Achievement (NCEA), pourrait entraîner une baisse temporaire des performances. Les évaluations publiques des établissements, destinées à informer les parents, pourraient aussi décourager les écoles d’accueillir des élèves en difficulté, par crainte de voir leurs résultats chuter. Ces risques rappellent une situation similaire survenue dans les années 1990, après les réformes Tomorrow’s Schools, qui avaient donné plus de pouvoir aux conseils d’administration des écoles pour exclure des élèves.
Le système éducatif néo-zélandais a historiquement du mal à répondre aux besoins des élèves maoris, population autochtone du pays. Aujourd’hui encore, 58 % des élèves scolarisés dans des structures alternatives sont des jeunes maoris, appelés rangatahi Māori. Environ la moitié des charter schools en NZ adoptent des approches kaupapa Māori, un modèle éducatif ancré dans les valeurs et la culture maories, ce qui souligne un manque de satisfaction envers le système classique. Ces inégalités s’inscrivent dans une histoire plus longue : dès 1899, une caricature montrait déjà un système scolaire standardisé, incapable de s’adapter à la diversité des élèves. Pourtant, des avancées avaient été réalisées après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion de Clarence Beeby, qui prônait une éducation inclusive et adaptée aux aptitudes de chaque enfant.
La NZ doit aussi faire face à de nouveaux défis, comme l’augmentation des élèves neurodivergents (par exemple, ceux atteints de troubles du spectre autistique ou de TDAH) ou souffrant de problèmes de santé mentale. D’autres élèves vivent des situations de prise en charge difficiles, comme des placements en famille d’accueil, ou font face à des difficultés socio-économiques. Ces profils nécessitent des accompagnements spécifiques, souvent absents dans les écoles ordinaires. Pour y répondre, un livre blanc publié par le Youth Development and Education Network Aotearoa propose des solutions, comme généraliser dans les établissements classiques des approches tenant compte des traumatismes vécus par les élèves, ou financer les structures alternatives à un niveau comparable à celui des charter schools. L’objectif est de limiter le recours à l’enseignement alternatif, qui reste moins encadré et moins financé.
Pour que la réforme éducative néo-zélandaise réussisse sans laisser de côté les élèves les plus vulnérables, plusieurs pistes sont avancées. Le livre blanc recommande d’investir davantage dans l’accompagnement des élèves à risque de décrochage, en intégrant dans les écoles ordinaires des méthodes adaptées aux traumatismes et au développement des jeunes. Il propose aussi de financer les structures alternatives à un niveau équivalent à celui des *charter schools*, afin de recruter des enseignants qualifiés et des éducateurs spécialisés. Une autre solution serait de former et d’embaucher des *pédagogues sociaux*, des professionnels qui travailleraient aux côtés des enseignants pour répondre aux besoins sociaux des élèves. Ces mesures visent à éviter que les réformes ne creusent davantage les inégalités, comme le résume un élève de 15 ans scolarisé dans une structure alternative : *« Surtout, ne renoncez pas à nous. »*

