Présidentielle : les pieds dans le plat : Ce que révèlent nos comportements alimentaires
Claude Fischler, sociologue et anthropologue, observe nos pratiques alimentaires depuis plus de trente ans. Les Bonnes Choses font le point avec lui à l'approche de l'élection présidentielle de 2027..
Ce que nous mangeons reflète bien plus que nos préférences gustatives : c’est un indicateur des inégalités sociales et culturelles en France. Selon le sociologue Claude Fischler, spécialiste de l’alimentation depuis plus de 30 ans, l’assiette devient un marqueur des fractures qui traversent la société française. Les choix alimentaires, les budgets consacrés à l’alimentation ou les traditions culinaires auxquelles on s’identifie révèlent des clivages économiques, identitaires et politiques. Par exemple, 54 % des travailleurs pauvres ne mangent pas à leur faim, d’après un sondage Ipsos de juin 2026. Ces inégalités d’accès à une alimentation de qualité ou choisie soulignent comment l’alimentation peut à la fois unir et diviser une société.
Les débats autour de l’alimentation en France prennent une dimension politique et sociale, comme en témoignent plusieurs polémiques récentes. En mai 2026, la chaîne de poulets frits Master Poulet a été critiquée pour sa présence dans les quartiers populaires, accusée de favoriser la malbouffe et de créer des marécages alimentaires (zones où l’offre alimentaire est dominée par des produits de mauvaise qualité nutritionnelle). Par ailleurs, le Canon français, un banquet traditionnel, a été dénoncé pour ses relents identitaires, illustrant comment l’alimentation peut devenir un enjeu de tensions culturelles. Ces exemples montrent que la liberté de choix alimentaire s’accompagne d’une perte de repères communs, rendant difficile le partage d’une même table.
L’alimentation est aussi un terrain de lutte pour l’identité, notamment avec l’instrumentalisation politique de la cuisine. En septembre 2026, un article du Monde soulignait comment l’extrême droite française utilise le thème du grand remplacement culinaire pour alimenter des discours xénophobes, suggérant que les traditions culinaires françaises seraient menacées par des influences étrangères. Ces discours s’appuient sur des stéréotypes alimentaires, comme l’opposition entre une cuisine française perçue comme saine et des cuisines étrangères associées à des pratiques jugées moins vertueuses. Ces clivages révèlent une société où l’alimentation n’est plus seulement une question de goût, mais aussi un enjeu de pouvoir et d’appartenance.
Les difficultés économiques pèsent lourdement sur les pratiques alimentaires des Français. Le sociologue Claude Fischler interroge : Peut-on encore faire table commune quand on ne mange plus la même chose ? Les inégalités d’accès à une alimentation de qualité se creusent, notamment pour les travailleurs pauvres, dont plus de la moitié déclarent ne pas manger à leur faim. Ces fractures économiques se doublent de fractures culturelles, où les traditions culinaires locales ou nationales deviennent des marqueurs de distinction sociale. Par exemple, les enseignes de restauration rapide ou les produits transformés sont souvent plus accessibles financièrement, mais moins nutritifs, ce qui aggrave les inégalités sanitaires.
Les débats sur l’alimentation en période électorale sont alimentés par des experts comme **Claude Fischler**, dont les travaux analysent les liens entre pratiques alimentaires et société. Ses ouvrages, comme *L’Homnivore* (1990) ou *Les alimentations particulières* (2013), explorent les fondements biologiques, culturels et sociaux de nos choix alimentaires. Les médias, notamment *France Culture* avec l’émission *Les Bonnes Choses*, jouent aussi un rôle clé en relayant ces analyses et en mettant en lumière les enjeux politiques et sociaux de l’alimentation. Ces discussions, amplifiées par des polémiques comme celles autour de *Master Poulet* ou du *Canon français*, montrent comment l’alimentation devient un sujet central dans les débats publics, notamment à l’approche d’élections majeures comme la présidentielle de 2027.

