Dans l’aviation civile, les stratégies transition écologique sont encore insuffisantes
Dans la revue Nature Communications, des chercheurs français montrent que les plans de transition écologiques de l'aviation civile à l’horizon 2050 peuvent baisser le taux d'émission de gaz à effet de serre mais aucun ne respecte toutes les limites planétaires..
En 2024, le transport aérien commercial de passagers en France a émis 22,1 millions de tonnes de CO₂, un gaz à effet de serre (GES) responsable du réchauffement climatique. Le secteur aérien est donc un contributeur majeur aux émissions mondiales de GES, malgré les efforts pour améliorer l'efficacité énergétique des avions. Les stratégies de transition écologique actuelles se concentrent principalement sur la réduction des émissions de CO₂, mais elles ignorent souvent d'autres impacts environnementaux tout aussi critiques. Par exemple, l'utilisation de biocarburants, bien que moins polluante en CO₂, peut entraîner une augmentation de la consommation d'eau et une réduction de la biodiversité en raison de l'expansion des terres agricoles nécessaires à leur production.
Les scientifiques ont identifié neuf limites planétaires qui définissent les seuils à ne pas dépasser pour maintenir un environnement sûr pour l'humanité. Parmi ces limites, on trouve le climat, la biodiversité, la ressource en eau, et l'intégrité de la couche d'ozone. Selon les dernières évaluations, sept de ces neuf limites sont déjà dépassées. Florian Simatos, enseignant-chercheur à l'Isae-Supaéro, souligne que les stratégies de transition écologique de l'aviation civile doivent élargir leur champ d'analyse au-delà du seul climat. En effet, réduire les émissions de CO₂ ne suffit pas si d'autres limites, comme la biodiversité ou la gestion de l'eau, sont également franchies.
Une étude publiée dans la revue Nature Communications a analysé les plans de transition écologique proposés par divers acteurs du secteur aérien, comme les industriels et la Commission européenne. Ces plans, qui visent à réduire les émissions de CO₂ d'ici 2050, prévoient des améliorations technologiques, comme des avions plus efficaces, et le remplacement du kérosène fossile par des carburants non fossiles. Cependant, l'étude révèle que ces stratégies ne respectent pas toutes les limites planétaires. Par exemple, l'utilisation massive de biocarburants pourrait aggraver la pression sur les ressources en eau et la biodiversité, un phénomène appelé transfert d'impact.
Les chercheurs ont introduit la notion de budget environnemental, inspirée du concept bien connu de budget carbone (la quantité maximale de CO₂ que l'humanité peut émettre pour limiter le réchauffement climatique). Pour chaque limite planétaire, ils ont calculé la part des impacts admissibles que le secteur aérien peut s'attribuer. Florian Simatos explique que cet outil permet d'évaluer si les stratégies proposées respectent ces budgets. Par exemple, pour le climat, le secteur aérien doit se répartir un quota d'émissions de CO₂ compatible avec les objectifs internationaux. Pour la biodiversité, il doit limiter son impact sur les écosystèmes.
L'étude a montré que, quel que soit le scénario envisagé, deux limites planétaires restent systématiquement dépassées : le changement climatique et l'intégrité de la biosphère. Même si l'usage de l'eau et l'appauvrissement de la couche d'ozone restent dans les budgets alloués, ces deux dépassements sont critiques. Pour se rapprocher des budgets environnementaux, l'étude suggère qu'il faudrait réduire la croissance du trafic aérien de 0,9 % à 7,3 % par an d'ici 2050, selon les hypothèses retenues. Une simple stabilisation de la croissance ne suffirait pas à respecter toutes les limites planétaires.
Cette étude propose un nouvel outil pour évaluer l'impact global d'une industrie, non seulement sur le climat, mais sur l'ensemble des limites planétaires. Florian Simatos et son équipe espèrent que cette approche pourra être appliquée à d'autres secteurs, comme le transport maritime ou l'industrie. L'objectif est de fournir aux décideurs des outils pour concevoir des stratégies de transition écologique plus équilibrées et durables. En intégrant toutes les limites planétaires, il devient possible de concevoir des politiques qui évitent les transferts d'impact et qui respectent l'ensemble des seuils critiques pour la planète.

