Procédures collectives : le plan de sauvegarde et de redressement judiciaire. Par Alexandre Marchand, Avocat.
Lorsque le traitement curatif, d'une entreprise en procédure collective, soit en sauvegarde ou en redressement judiciaire lui a permis de retrouver une capacité bénéficiaire suffisante, l'entreprise en difficultés « sort » du dispositif de la procédure collective, en proposant un plan de sauvegarde ou de redressement. Le plan de sauvegarde ou de redressement judiciaire sera le sujet de la note.
Les procédures collectives sont des dispositifs légaux français conçus pour aider les entreprises en difficulté financière à se restructurer ou à être liquidées de manière ordonnée. Elles se divisent en trois types principaux : la sauvegarde, le redressement judiciaire et la liquidation judiciaire. La sauvegarde et le redressement judiciaire ont pour objectif de permettre à l'entreprise de poursuivre son activité tout en traitant ses dettes. Ces procédures durent généralement 12 mois, renouvelables une fois (soit 18 mois maximum en redressement judiciaire). Elles permettent de geler les dettes antérieures, de suspendre les actions des créanciers et de résilier rapidement les contrats non essentiels. Le but est de donner un nouveau souffle à l'entreprise avant d'adopter un plan de restructuration définitif.
La période d'observation est une phase clé des procédures de sauvegarde ou de redressement judiciaire, durant laquelle l'entreprise est placée sous surveillance judiciaire. Cette période, d'une durée initiale de 6 mois, peut être prolongée jusqu'à 12 mois, voire 18 mois en redressement judiciaire sur décision du ministère public. Pendant cette phase, un administrateur judiciaire (ou un mandataire judiciaire en son absence) évalue les difficultés de l'entreprise et prépare un bilan économique et social. Ce bilan analyse l'origine, l'ampleur et la nature des problèmes financiers, sociaux et environnementaux de l'entreprise. Il sert de base pour élaborer un plan de restructuration adapté.
Le plan de sauvegarde est un dispositif réservé aux entreprises en difficulté mais dont la pérennité est encore envisageable. Contrairement au redressement judiciaire, il ne permet pas la cession totale de l'entreprise, mais seulement une cession partielle d'activités si nécessaire. Le plan est élaboré par le débiteur (le chef d'entreprise) avec l'aide éventuelle de l'administrateur judiciaire. Il doit inclure des engagements financiers, des perspectives de redressement, des modalités de règlement des dettes et des mesures concernant l'emploi. Le plan est soumis à l'approbation des créanciers et doit être homologué par le tribunal de commerce.
Le plan de redressement judiciaire s'adresse aux entreprises dont la situation est plus critique que celles en sauvegarde, mais où une restructuration reste possible. Ce plan peut autoriser la cession totale de l'entreprise, même contre l'avis du chef d'entreprise, ce qui le distingue du plan de sauvegarde. Comme pour la sauvegarde, le plan est préparé par le débiteur avec l'aide de l'administrateur judiciaire et doit être approuvé par les créanciers. Il doit démontrer une possibilité sérieuse de redressement, c'est-à-dire une chance réaliste de rétablissement financier. Le tribunal peut imposer des délais de paiement aux créanciers, mais pas des remises de dettes ou des conversions en capital sans leur accord.
Le bilan économique et social est un document obligatoire établi par l'administrateur judiciaire (ou le mandataire judiciaire en son absence) en collaboration avec le débiteur. Il recense les difficultés financières, sociales et environnementales de l'entreprise et sert de base pour élaborer le plan de restructuration. Ce bilan précise l'origine des problèmes, leur ampleur et leur nature, et constitue une photographie détaillée de la situation de l'entreprise. Il est transmis au tribunal pour l'aider à prendre une décision éclairée sur l'homologation ou non du plan proposé. En l'absence d'administrateur, le mandataire judiciaire produit un rapport similaire.
Le projet de plan est préparé par le débiteur, éventuellement assisté par l'administrateur judiciaire, après l'établissement du bilan économique et social. Il doit comporter plusieurs éléments clés : les engagements financiers du chef d'entreprise (comme des apports de trésorerie), les perspectives de redressement (analyse du marché, de la concurrence, etc.), les modalités de règlement des dettes (délais de paiement, remises de dettes ou conversions en capital), et les mesures concernant l'emploi (licenciements, reclassement, etc.). Le projet peut aussi inclure des offres d'acquisition partielles, des arrêts ou adjonctions d'activités, et des propositions pour régler les dettes des créanciers.
Avant homologation, le mandataire judiciaire consulte les créanciers ayant déclaré leurs créances pour recueillir leur avis sur le projet de plan. Cette consultation peut se faire de manière individuelle (par lettre recommandée avec accusé de réception) ou collective (par une assemblée). En cas de consultation individuelle, le silence des créanciers dans un délai de 30 jours vaut acceptation. Pour les remises de dettes ou conversions en capital, l'accord des créanciers est obligatoire. Le mandataire judiciaire joint à sa consultation un état de la situation financière de l'entreprise, les propositions de règlement des dettes et les garanties offertes. Un état des réponses est ensuite dressé et transmis au débiteur et à l'administrateur.
Le tribunal de commerce est chargé d'homologuer ou non le plan de sauvegarde ou de redressement. Pour cela, il évalue si l'entreprise présente une possibilité sérieuse de sauvegarde (pour un plan de sauvegarde) ou de redressement (pour un plan de redressement). Le tribunal prend sa décision après avoir entendu le débiteur, l'administrateur judiciaire, le mandataire judiciaire, les représentants du personnel et le ministère public. Si le plan est homologué, il met fin à la période d'observation et à la mission des organes de la procédure. En cas de refus, la procédure peut être convertie en liquidation judiciaire ou, pour une sauvegarde, en redressement judiciaire.
Une fois homologué, le plan est exécuté sous le contrôle d'un commissaire à l'exécution du plan, généralement le mandataire judiciaire. La durée du plan ne peut excéder 10 ans. Le tribunal fixe les modalités de paiement des créanciers, qui peuvent être des délais uniformes ou des remises acceptées par les créanciers. Les premiers paiements ne peuvent intervenir avant un délai d'un an après l'homologation. Les sommes versées par l'entreprise sont distribuées aux créanciers par le commissaire. Le plan peut être linéaire (paiements égaux chaque année) ou progressif (paiements augmentant avec le temps).
Le jugement qui homologue le plan rend ses dispositions *opposables à tous*, ce qui signifie qu'elles s'imposent à l'entreprise, aux créanciers et aux tiers. Cependant, cette opposabilité ne s'applique aux *cautions* et *coobligés* (personnes physiques uniquement) que dans le cadre des procédures de sauvegarde et de redressement judiciaire. Les personnes morales (comme les sociétés) ne peuvent pas se prévaloir de cette opposabilité. Cela signifie que si une caution personne physique a garanti une dette de l'entreprise, elle peut bénéficier des mêmes délais ou remises que l'entreprise elle-même, mais pas une société caution.

