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Arêtes de poisson, quarantaine et vaccination : les armes des Aborigènes contre la variole

The Conversation France · mis à jour il y a 13 j

Les peuples wiradjuri, gomeroi et wailwan des plaines et des régions fluviales ne sont pas restés passifs face à la variole. Ici les plaines de Bathurst et la colonie de Nouvelle-Galles du Sud, représentées par Augustus Earle.

Épidémie dévastatrice

Entre 1830 et 1832, une épidémie de variole a frappé de manière disproportionnée les peuples aborigènes du sud-est de l’Australie, notamment les Wiradjuri, Gomeroi et Wailwan. Cette maladie, qu’ils appelaient Boulol ou Thunna Thunna, a causé de très nombreuses victimes parmi les Premières Nations exposées au virus. Les recherches historiques se sont longtemps concentrées sur les origines de cette épidémie, son bilan humain et la responsabilité potentielle des colons. Pourtant, cette étude révèle que de nombreuses communautés aborigènes ont survécu à cette première vague, malgré l’absence de traitement moderne. Les peuples des plaines et des régions fluviales de l’actuel ouest et nord-ouest de la Nouvelle-Galles du Sud ont développé des stratégies pour faire face à la maladie, combinant savoirs traditionnels et adaptations aux nouvelles menaces.

Isolement stratégique

Les peuples aborigènes ont mis en place des mesures d’isolement pour limiter la propagation de la variole. Par exemple, un groupe vivant près d’un élevage de bétail s’est éloigné des zones densément peuplées, une pratique rappelant les quarantaines imposées dans d’autres sociétés. À Wallerawang, près de la ville actuelle de Lithgow, les Wiradjuri ont fui jusqu’à Emu Plains, à une centaine de kilomètres, pour échapper à l’épidémie. Ces déplacements montrent qu’ils avaient compris le caractère contagieux de la maladie. Une fois l’épidémie passée, ils sont revenus, comme en témoigne un éleveur en 1840. Ces stratégies d’isolement, bien que rudimentaires, ont permis de réduire la transmission du virus au sein des communautés.

Traitements traditionnels

Les guérisseurs Gomeroi ont utilisé des méthodes traditionnelles pour soigner les malades atteints de variole. Selon le bagnard évadé George Clarke, ces traitements incluaient l’immersion des malades dans de l’eau froide, puis le rasage des cheveux et le percement des pustules à l’aide d’arêtes de poisson aiguisées. Le liquide des pustules était ensuite extrait avec un instrument plat. Le médecin militaire John Mair, diplômé de l’université d’Édimbourg, a jugé ces pratiques conformes aux meilleures connaissances médicales de l’époque. Ces méthodes pourraient avoir réduit la mortalité et atténué les symptômes de la maladie, bien que leur efficacité exacte reste difficile à évaluer. Clarke, qui a vécu parmi les Gomeroi, a survécu à deux arrestations en 1831, malgré la présence de la variole dans la région.

Vaccination volontaire

Les peuples Wiradjuri, Gomeroi et Wailwan ont accepté de se faire vacciner contre la variole, une technologie développée une trentaine d’années plus tôt. Le médecin John Mair a envoyé des doses de vaccin depuis Sydney et a pratiqué des vaccinations sur place. Contrairement aux colons de Sydney, peu enthousiastes, les Aborigènes se sont fait vacciner avec empressement. Mair a noté que ces communautés faisaient confiance à cette méthode, malgré les incertitudes entourant son efficacité et sa sécurité. La vaccination était perçue comme un moyen d’éviter le retour de la variole, une maladie déjà connue pour ses ravages. Cette stratégie montre une adaptation rapide aux nouvelles technologies médicales, malgré les risques associés.

Variolisation risquée

Lorsque la vaccination n’était pas possible, certains colons ont eu recours à la variolisation, une technique consistant à inoculer du pus prélevé sur des malades de variole pour provoquer une forme supposée bénigne de la maladie. Cette méthode offrait une protection, mais présentait un risque de décès pouvant atteindre 3 %. Arthur Ranken, un éleveur, a pratiqué la variolisation sur plusieurs Wiradjuri, avec l’aide des frères Grant. Cependant, ils ont omis une étape cruciale : la mise en quarantaine stricte des personnes traitées. Cela a permis la transmission du virus à d’autres, malgré la protection des patients. Cette pratique, courante dans les plantations esclavagistes des Caraïbes, visait probablement à préserver la main-d’œuvre aborigène.

Ce que ça pourrait changer

L’épidémie de variole a été dévastatrice pour les peuples aborigènes, mais elle n’a pas anéanti leur détermination à défendre leurs terres. Entre 1838 et 1844, les Gomeroi, Wiradjuri et Wailwan ont mené un soulèvement considéré comme l’un des temps forts de la résistance à la colonisation. Dans certaines régions, ils ont même contraint les colons à battre en retraite. Cette résistance montre que la variole n’a pas brisé leur culture ni leur volonté de protéger leur *Pays ancestral*. Leur capacité à s’adapter, à utiliser des savoirs traditionnels et à adopter de nouvelles méthodes médicales a permis à ces communautés de survivre et de continuer leur lutte contre l’oppression coloniale.

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